Les Filles désir est un premier projet intrigant, son synopsis à base de drague sur la plage dans le sud de la France faisant forcément penser à Mektoub my love et son titre évoquant une chanson de Vendredi sur mer n'y sont pas pour rien. A partir de là on pourrait même déjà croire savoir à quoi va ressembler le film, mais ça n'a finalement pas grand chose à voir avec Kechiche. Le film arrive à avoir sa propre personnalité, puisqu'il n'est pas tant question de drague que de dynamique de groupe, d'amitié masculine, d'amitié homme-femme, de sororité et d'émancipation féminine.
La majeure partie du film relate comment un groupe est déstabilisé par l'arrivée d'un élément perturbateur en la présence de l'ancienne meilleure amie du personnage principale. Forcément elle prend de la place, forcément sa copine est jalouse et donc forcément c'est l'occasion pour la réalisatrice d'observer les dynamiques à l’œuvre lorsque l'on vient perturber l'ordre établi. Je trouve cependant que la réal abuse sur les regards, les regards de jalousie, les regards de désir... Le mec qui regarde son amie, la copine qui regarde son mec regarder son amie... L'amie qui regarde le mec... J'ai l'impression qu'on nous prend un peu par la main (pour ne pas dire pour des cons) et que la mise en scène manque de subtilité pour nous faire sentir la tension qui monde sans pour autant nous le crier au visage avec plusieurs échanges grossiers de regards.
De la même manière on voit que c'est un premier film car il y a des problèmes d'écriture des dialogues notamment sur la fin et les acteurs ne savent pas quoi faire d'un texte aussi peu abouti. Je pense à la fin notamment où on a quelqu'un qui dit : "et si c'était ça mon rêve", suivi d'un gros plan sur le truc qui est son rêve... la subtilité est morte. Le film a plutôt un ton naturaliste et là tout à coup le scénario vient frapper à la porte avec ses gros sabots. Mouais.
Néanmoins durant tout la durée du film Prïncia Car arrive à développer ses personnages, les rendre crédibles, attachants et se permet même un petit basculement dans son final qui est le bienvenu et qui permet de trouver une porte de sortie originale et de coller au message d'émancipation féminine du film.
Donc en dépit de quelques maladresses, Les Filles désir est un premier film réussi, avec plein de bonnes idées, notamment dans l'écriture. Je regrette juste la sagesse du film dans son traitement de la banlieue, on a l'impression que c'est esquivé un maximum, comme pour ne pas s'y intéresser malgré qu'on y ait planté le décor du film.
En tous cas j'ai hâte de voir ce que Prïncia Car pourra proposer à l'avenir, surtout si elle arrive à gommer les menus défauts de son film.