J’ai regardé ce film car on me l’avait conseillé et je ne m’attendais pas à ça. En ayant lu le synopsis je pensais naïvement à un thriller qui n’irait pas chercher loin, l’occasion de nous montrer un bon film d’action ayant pour scénario le thème de l’infertilité dans le monde. Étonnamment, il me (nous ?) touche car il est loin des films comme Minority Report ou la planète des singes, il est un film d’anticipation profond, qui nous glace par ailleurs le sang en nous exposant aux problèmes auxquels nous faisons déjà face. Presque partout dans le monde, la fertilité des femmes décline, les pays sont instables, certains ayant des régimes dictatoriaux à leur tête et les migrants fuyant la violence de leur pays d’origine trouvent une deuxième violence, toute aussi forte, celle d’une répression, d’une non considération par les pays « accueillants ». Ce monde d’infertilité où la natalité a disparu depuis 18 années plonge l’humanité dans un chaos des plus totales sauf au Royaume Uni qui semble résister, exerçant un monopole de violence et de brutalité sans nom à l’égard de ceux qui veulent s’y réfugier. Le film pourrait être scindé en deux, la première partie nous montre un fonctionnaire désabusé, « le sauveur » qui va essayer de protéger la première femme enceinte depuis 18 ans. La première partie qui est un peu manichéenne, l’homme se montre au début mystérieux mais il se révèle en fait être le seul être humain digne de confiance parmi tous « regardez je suis le sauveur » est néanmoins réussie et permet d’installer un décor sombre qui présage un avenir encore plus chaotique. La deuxième partie est vraiment intéressante de par son réalisme et est plus proche du reportage de guerre que du thriller. On peut y voir la violence faite aux migrants, celle aussi des clans qui s’affrontent, l’un d’entre eux essayant de tirer profit de ce bébé pour revendiquer des droits politiques. Le monde est coupé en deux entre ceux qui essayent de survivre et d’autres qui profitent encore de la vie, totalement déconnectés, un homme presque automate avalant des pilules et scotché à ses doigts technologiques tandis qu’un autre trouve du réconfort dans le luxe de sa maison entouré d’oeuvres d’art (clin d’oeil judicieux avec Guernica de Picasso). Les scènes sont violentes, très crues, une des plus marquantes est celle de la ville en guerre, en proie aux armes, aux cris des terroristes, aux immeubles dévastés, aux jambes et aux mains arrachées. La caméra est proche de nous, filme au plus près ses personnages dans ce chaos insondable. Malgré la noirceur de ce film, il est une chose importante, celle dont je n’ai pas parlé mais qui est au coeur de l’histoire, celle qui fait sa grandeur et son espoir : le nourrisson. Il est l’espoir d’une nouvelle vie sur terre, de nouveaux rapports entre humains, il est cette fleur qui pousse au milieu d’un champ dévasté. Il né au milieu des ruines, dans un immeuble désaffecté mais son cri natal est un souffle d’humanité pure. Cette scène restera pour moi la plus belle et la plus marquante. Pour moi ce film est une véritable réussite car il met en perspective des situations sombres, presque impensables mais qui sont belles et bien réelles. Elles sont sous nous yeux, nous nous les cachons (on nous les cachent) car nous ne sommes pas assez forts (lâches ?) pour affronter la cruauté engendrée par l’homme. L’infertilité est presque un support, un ressort scénaristique pour nous mettre en évidence ces problèmes, et pour nous dire que si un tel problème venait à surgir (plus de naissances), tous les maux auxquels nous sommes confrontés s’amplifieraient d’une façon considérable.