J'ai eu beau lire le moins possible sur le film d'Audiard, j'en avais deux attentes majeures : un western plus forestier que désertique, et un roman familial.


La première, The Sisters Brothers la satisfait : le nord-ouest états-unien fraîchement occidentalisé où poussent les villes-champignons et où démarre l'économie en toussotant, à coups de pancartes bâclées annonçant le prix d'un repas, c'est exactement l'impression que je recherchais. Le réalisateur, lui aussi, semblait prendre à cœur de montrer un Far West où tout est possible, où rien n'est une mauvaise idée, et donnant naissance à cette multitude d'idéologies fantasques issues du Siècle des Lumières européen qu'on pouvait enfin mettre en pratique sur un terrain vierge et plein de promesses. Poumon vert et feuille blanche, l'Oregon d'Audiard convainc.


Le roman familial, lui, est plus flou. La relation des deux frères veut s'imposer comme une évidence, mais je n'ai pas trouvé l'alchimie de Joaquin Phoenix et John C. Reilly très probante. Ça a du sens de les voir évoluer chacun de leur côté puisque leur conflit croissant est central à l'histoire, mais il n'y a pas vraiment de point de rencontre pour commencer - peut-être que davantage de contexte aurait aidé. Le spectateur, en tout cas, devra composer avec très peu.


Enfin, il y a la manière dont le tout s'agence. Jake Gyllenhaal est le meilleur catalyseur : avec son personnage indépendant et littéraire, il guide notre émerveillement et lui donne de quoi garder les pieds sur terre - le Nouveau Monde est aussi impitoyable qu’idyllique. Mais dès qu'il cède le devant de la scène, le chapitrage devient très visible, effaçant l'impression d'un récit qui peut prendre un nouveau tournant à tout moment - car oui, rappelons-nous qu'on est sur un territoire de tous les possibles.


En conséquence de tout ça, The Sisters Brothers donne ce qu'on attend de lui en petites quantités. Le film a des difficultés à accentuer ce qu'il faut, et nous conduit vers une conclusion un peu plate qui semble ne pas passer loin d’être carrément pertinente. Très dépaysant mais pas assez abouti.

EowynCwper
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le 8 janv. 2022

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Eowyn Cwper

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