Téchiné nous dit ne pas avoir de marque de fabrique. Ce qui l'intéresse est le domaine affectif avant tout. Ici Lucie, à l'opposé, en apparence, de ses voisins, (re)forme une famille qui lui fait cruellement défaut, surtout depuis la disparition de l'être aimé. Ils ne vivent pas dans le même monde mais peut-être qu'ils pourraient essayer. Lucie s'immisce dans la vie de la famille de Yann, sans que celui-ci ne sache qu'elle est policière. A un moment, elle devra choisir entre son amitié ou son métier. Voilà ce qui intéressait Téchiné de mettre en évidence, cette opposition radicale, entre le métier de Lucie et les activités de Yann, son voisin. Lucie vit avec le souvenir de son compagnon Slimane, disparu tragiquement. L'interaction entre le métier de Lucie et ses affects est ici très bien soulignée. D'ailleurs, lorsqu'elle visionne une scène de violence policière que les médias relate, cela réactive chez elle le deuil récent auquel elle doit faire face et ravive ses émotions contradictoires face à ses fameux voisins. Si l'intrigue est minimaliste, ce film policier évite la brutalité et la surenchère souvent liées au genre. Le fameux "vivre ensemble" est au coeur du débat. André Téchiné a fait ressortir le côté intimiste des personnages. Ils ne sont pas que ce qu'ils font. Julia (Hafia Herzi) est une femme forte, qui n'a pas peur d'être en désaccord avec son mari, même si on la sent en perte de repères. Ces trois personnages devenus amis vont-ils dépasser leurs activités et conserver leur amitié ? Sont-ils réconciliables ? Alice, jouée par Isabelle Huppert, est une femme mystérieuse tout en restant tenace. Elle a une jolie relation avec la petite fille de ses voisins. Elle incarne à nouveau une femme aux croyances hors de la réalité. Ne dit-elle pas à son beau-frère "Tu ne crois pas qu'un fil invisible nous relie tous, les vivants et les morts ?" Un beau portrait de femme qui va basculer dans un monde qu'elle ne connaît pas, peut-être pour son plus grand bien, dans un certain sens. Film intimiste, fidèle à Téchiné.