Les Gens d’à côté relève de l’ébauche, de ces premiers traits dessinant une forme encore incertaine parce que naissante, portée à la fois par le scénario qui se plaît à ouvrir ses personnages et par la mise en scène, en constant mouvement, comme improvisée devant une réalité brute. Le résultat, esthétiquement, déconcerte par une caméra à l’épaule occasionnant une laideur visuelle et de nombreuses maladresses, mais réjouit narrativement : à l’image de la jeune patineuse que le cadre ne parvient pas à enfermer, le long métrage suit ses personnages dans leurs déplacements physiques (footing, transports en voiture), psychologiques et idéologiques sans jamais les contraindre à des schémas préconçus et plaqués.
André Téchiné célèbre la puissance de la rencontre entendue comme convergence d’énergies contraires : en s’emparant de deux protagonistes que tout oppose, puisque l’un est flic et l’autre activiste black bloc, il révèle leur interdépendance certes comme pions posés sur un même échiquier politique, mais surtout en qualité de voisins soucieux d’aller par-delà leurs différences et d’unir, d’un seul trait, le royaume des vivants avec celui des esprits. Le choix de couples mixtes, qu’il s’agisse de l’origine sociale et géographique ou des écarts d’âge, rappelle l’acte de foi placé par le cinéaste en l’humain et en les valeurs républicaines d’une France cosmopolite et multiculturelle. Le film bénéficie en outre de l’interprétation remarquable de ses comédiens, en particulier d’Isabelle Huppert, magnifique.