''Le temple de Shaolin 2 – les enfants de Shaolin'' ou ''Les héritiers de Shaolin'' – 1984 de Chang Hsin Yen, n'est pas la suite de "Le temple de Shaolin", bien qu'il affiche la même distribution d'acteurs.
L'on y retrouve un Jet Li de 20 ans, plus fringuant que jamais, affrontant sous le nom de Troisième-Dragon, le fille Bao sous le nom de Troisième-Phénix. Il se trouve que la jeune Huang Qiuyan a la même morphologie de visage que le jeune Li de sorte qu'ils paraissent le miroir l'un de l'autre. Si Troisième Phénix est un ''garçon manqué'', Troisième-Dragon ne manque pas de se féminiser, faire des manières voire se travestir en servante. Ainsi le métrage est-il construit autour de l'interpénétration cyclique du yin et du yang.
De part et d'autre d'une rivière vivent huit filles et huit garçons, or la concentration de ces garçons bloque la fertilité de la mère des huit filles qui ne parvient pas à donner un héritier mâle à son époux. La dessus s'opposent le savoir du sabre et le savoir du bâton.
À force de prières sur les deux rives, la mère Bao donne naissance à des jumeaux : fille et garçon. Un partout, balle au centre, l'action peut évoluer.
Troisième-Dragon séduit Troisième-Phénix mais Troisième-Phénix résiste à la séduction à cause de son tempérament garçon – car les femmes sont faites d'eau mais Troisième-Phénix est faite d'esprit. Il faut que Troisième-Dragon sauve Troisième-Phénix des eaux – la noyade – pour que Troisième-Phenix se rende à la séduction de Troisième-Dragon : la capitulation de Troisième-Phénix aux avances de Troisième-Dragon a lieu au sein d'une grotte, lieu chtonien matriciel, où elle lui enseigne l'art du sabre. Mais le père Bao rompt la liaison, s'opposant à l'union du sabre et du bâton.
Il faut l'intervention d'une tierce force – la mal – en l'attaque des brigands violeurs sanguinaires pour que les Dragons se joignent aux Phénix et vainquent les brigands.
Cinématographiquement, ce métrage pourrait s'apparenter à une comédie musicale d'art martiaux d'époque. L'aspect comédie est assurée par des enfants gouailleurs et acrobates en mouvement perpétuel avec absence totale de pudibonderie – fesses et oiseaux pétillent à l'écran –, tandis que l'aspect musical l'est par peu de chants mais beaucoup de chorégraphies enlevées. La musique pentatonique aux accents traditionnels accompagne l'action qui se déroule au début du XVIIe siècle, durant les troubles de la fin de la dynastie Ming.
Le paysage est idylliques, aux verts printaniers et bleus brumeux ; en complément, les costumes déclinent une palette de roses, rouges et bruns chaleureux, sauf lorsque le jeune Jet Li combat en liquette bleu-ciel/bleu-montage, couleur de la virilité.
Ce spectacle respire la jeunesse et la fraîcheur d'un cinéma qui découvre ses propres vertus. Pour naïf et léger que ce metrage puisse paraître, il n'en reste pas moins une illustration populaire du principe du tao et de son jeu de miroir, foncièrement étranger à toute dramaturgie occidentale.
Nota : ''Le temple de Shaolin 2 – les enfants de Shaolin'' et ''Les héritiers de Shaolin'' correspondent bien au même métrage de 1984 malgré les synopsis différents que peuvent en donner divers sites, notamment à cause de la romanisation des patronymes en mandarin et de la confusion qui en résulte.