Dans ma quête des meilleurs films de gangsters, Les Infiltrés se retrouve étonnamment bien placé. Et pourtant, la liste est peuplée de mastodontes, dont certains déjà signés Scorsese. Mais ce film-là, malgré son statut de remake, a quelque chose de singulier : une énergie sauvage, une tension continue, une manière de t’attraper par le col et de ne plus te lâcher.
Car même si l’histoire vient d’ailleurs, la mise en scène est 100 % Scorsese : nerveuse, rythmée, toujours sur le fil. La musique tombe au bon moment, jamais en trop. Oui, il ressort ses Rolling Stones fétiches, mais le Gimme Shelter qui accompagne l’entrée en scène de Nicholson est un petit moment de grâce, une façon de dire : “accrochez-vous, le diable arrive”.
La tension vient aussi du scénario, construit comme un piège à rats. Deux infiltrations croisées, deux hommes qui vivent dans la peur de se faire démasquer, et une paranoïa qui contamine tout le film. DiCaprio, surtout, semble prêt à imploser à chaque scène. On tourne autour du pot, on frôle la vérité, on recule, on avance, et cette mécanique crée une angoisse presque physique.
Les acteurs, eux, sont au sommet. Nicholson en parrain démoniaque, DiCaprio en bombe émotionnelle prête à exploser, Damon en golden boy au sang froid qui cache un gouffre moral. Et autour d’eux, Wahlberg et Sheen, impeccables, qui donnent au film son ancrage policier, son contrepoint humain. Enfin, surtout Sheen, parce que Wahlberg, dans sa loyauté à la police, en devient presque un contrepoint de Nicholson. Presque.
Le film est long, mais jamais lâche. Il nous force à rester en alerte, à ne pas baisser la garde, comme si nous étions nous aussi infiltrés dans une histoire qui pourrait se retourner contre nous à tout moment. Une expérience tendue, dense, qui mérite largement sa place dans le panthéon du genre.