Lucie quitte l'Est de la France pour monter à Paris,dans l'espoir de réussir dans le showbiz.Comme elle n'a aucun talent pour rien mais qu'elle est plutôt bonnasse,elle se contente de grenouiller dans les marges du milieu,entre partouzes et soirées drogue-alcool.Jusqu'au jour où Nicolas,son meilleur ami,parvient à lui décrocher un test en vue d'enregistrer un disque.Petit problème,elle ne sait absolument pas chanter.Elle décide alors de faire venir sa soeur jumelle Marie,restée en province,qui a un vrai don pour le chant,afin qu'elle la remplace vocalement.Les frangines sont aussi différentes mentalement qu'elles se ressemblent physiquement,et ne se voient jamais car elles se détestent cordialement.Mais comme Marie a un urgent besoin de fric,elle accepte le deal.L'audition se passe bien mais,en rentrant,Marie et Nicolas trouvent Lucie morte suicidée.La provinciale coincée,discrète et sauvage va devoir se faire passer à plein temps pour sa jumelle extravertie.Gilles Paquet-Brenner,après quelques courts-métrages,réalisait là son premier long,dont il est également scénariste,adaptant un livre de Virginie Despentes.C'est là que le bât blesse car la romancière est inadaptable dans le cadre d'un cinéma grand public.Seulement les producteurs ne peuvent résister quand il y a une hype autour d'un auteur,ce qui était le cas de Despentes dans les années 90-2000.Ils savent qu'il ne faudrait pas le faire,ils savent que ça ne va pas être bon,mais ils se disent que ça vaut quand même la peine de tenter le coup car la notoriété de l'écrivain et du bouquin devrait assurer un succès correct.Le problème avec ce genre de hits littéraires,c'est qu'il ne s'y passe pas grand-chose,c'est surtout du brainstorming,et que dans le peu d'action qu'il reste on est principalement sur des scènes de baise.C'était pareil pour "American psycho" d'Ellis,"Les particules élémentaires" de Houellebecq ou "L'amant de Lady Chatterley" de Lawrence,et plein d'autres oeuvres du même style qui ont donné lieu à des transpositions ciné médiocres,à l'exception du "Chatterley" de Pascale Ferran,qui elle a osé y aller avec une divine Marina Hands.C'est pourquoi Despentes a toujours été mal servie à l'écran,sauf quand elle a pris l'affaire en main en réalisant elle-même "Baise-moi".Ici,Gilles se met la main au paquet en essayant de tortiller du cul pour chier droit,mais ça marche moyen.Il ruse,il finasse,il contourne les obstacles,il balance de la poudre aux yeux afin d'obtenir un truc plus ou moins en accord avec la matière première,hélas ça rame sec.Déjà,il faut privilégier l'aspect psychologique,seulement cet excellent ouvrage utilise plus les réflexions intérieures des personnages que l'action.Pour sortir de l'impasse que constituent les longues plages où il n'arrive rien de spécial,on balance de la voix off à tire-larigot,ce qui n'est guère cinématographique.Quant aux galipettes,elles sont considérablement réduites,faudrait pas se ramasser un -18.Alors que sur le papier ça défonçait grave,on doit se contenter d'une bonne scène de coït entre Marie et son copain Sébastien,alors que les partouzes sont esquivées maladroitement.Pour le reste,c'est assez raté.Les acteurs ne sont pas les personnages,la photo et les décors sont d'une laideur remarquable,ben oui Despentes c'est glauque,il faut que le visuel soit glauque,la musique est naze et couvre la moitié de dialogues déjà bouffés par les comédiens,sans parler des chansons du film et de leur interprétation,dont le succès est médusant,mais ça c'est souvent le lot des titres dans la réalité,du coup c'est peut-être crédible,d'ailleurs Marie insulte volontiers son public qui a des goûts de chiottes.Paquet se contorsionne vaillamment en multipliant les effets de style pour noyer le poisson,et il nous fait un peu de tout,narration éclatée à coups de flashbacks merdeux,séquence de photos noir et blanc,zooms et dézooms furax,plongées et contre-plongées,psychédélisme et image trouble,gros plans inutiles,il aura tout essayé pour faire oublier le vide de l'entreprise.Malgré tout la force de l'histoire originale et originelle va à la longue faire son effet et sauver les meubles,d'autant qu'il y a là-dedans une bonne portion d'autobiographie,Virginie ayant vécu plein de trucs pas cool avant de devenir un écrivain reconnu.Les personnages se révèleront moins superficiels que prévu et leur destin pourra in fine toucher le spectateur,principalement celui de Marie,jeune femme moins forte qu'elle ne le pense qui va presque perdre la raison en perdant sa personnalité,se fondant corps et âme dans celle de sa soeur.C'est Marion Cotillard qui hérite de ce double rôle,qu'elle investit crânement.L'actrice est limitée mais donne tout avec conviction,et ça passe in fine de justesse.Elle est prise entre deux garçons joués par le rappeur Stomy Bugsy et l'humoriste marseillais Titoff,deux gars très en vogue à l'époque et qui feront équipe dans le film suivant du réalisateur,"Gomez et Tavarès",qui cartonnera méchamment.Là,ils ne sont pas très convaincants et sont éloignés des protagonistes du bouquin,surtout Stomy.Patrick Bruel,toujours impec,relève le niveau en producteur de disques compréhensif,même si son personnage se démarque lui aussi notablement de celui du livre.Le couple d'amis partouzeurs est interprété par une Ophélie Winter bien jolie mais transparente,et un formidable Tony Amoni,vraie gueule de cinéma qu'on reverra également dans "Gomez".Note et critique de film de Gilles Paquet-Brenner publiées précédemment:"Elle s'appelait Sarah"-5.Moyenne:5.