Étant très attaché à David Cronenberg et à sa fascination morbide pour le corps humain et tout ce qui en découle, j'avoue avoir été très hypé il y a déjà un an de cela lors de l'annonce de la sélection du film au festival de Cannes, de la sortie d'un nouveau film de sa part, sachant que j'avais déjà bien apprécié son précédent "Les crimes du futur". Quel ne fut pas ma déception...
J'en attendais peut être beaucoup de la part d'un réalisateur avec une carrière aussi fournie. Ayant un âge déjà bien avancé, cela signifie que ce sera probablement un de ses derniers films, si ce n'est son dernier film explorant la thématique du deuil du corps de quelqu'un (la thématique est liée d'ailleurs à la mort de la femme de David Cronenberg avec qui il a été marié durant 43 ans). C'est donc un film très personnel de la part du réalisateur qui nous livre ses propres réflexions (comme il l'a souvent fait cela dit), et je trouve que le point de départ du film est plutôt intéressant.
Cela dit, je suis donc déçu. Habituellement (je suis encore loin d'avoir vu tous ses films après), Cronenberg a cette qualité de nous partager ses réflexions autour du corps humain dans un contexte particulier tout en accompagnant le tout d'une mise en scène glauque, hyper maîtrisé et parfois très trash. Ici, la mise en scène est extrêmement sage, lisse, et plutôt désincarnée. Les personnages sont froids et particulièrement antipathiques (notamment celui de Vincent Cassel). Résultat, ce qui leur arrive, je m'en fous, vu que je ne suis pas attaché à eux. Cette froideur dans la mise en scène s'explique notamment par le fait que le film a un rythme extrêmement lent (et normalement moi j'aime ça) pour ne pas raconter grand chose au final, vu qu'il ne comporte quasiment que de longues scènes de dialogues censées faire avancer l'intrigue filmées avec une certaine platitude et plutôt inintéressantes. Une exposition perpétuelle quoi. Alors oui, parfois on a quelques scènes "gratuites" qui sortent un peu du lot comme les séquences où Cassel revit certains moment passés avec son ancienne femme malade, ou lorsqu'il enfile un de ses linceuls, mais même là encore c'est trop sage. Et puis il y a la fin du film que je ne comprends juste pas, peut-être que je suis juste passé à côté, mais comment est-ce que le film peut se terminer là dessus ? J'ai limite l'impression d'assister à un cliffhanger pour une suite ??? ça n'a juste aucun sens pour moi et ça m'a laissé de marbre...
"Les Linceuls, film de droite" : et oui, car derrière la réflexion de Cronenberg sur le corps, il y a aussi tout un propos politique sur la technologie et l'utilisation de l'IA. Difficile de voir parfois où le réalisateur veut nous emmener car son antagoniste principal est un riche homme d'affaires assez antipathique dont je me fous royalement perso. Assez de subir des films incarnés par des hommes obsédés par des lubies qu'ils n'auraient pas s'ils travaillaient comme tout le monde. En cela, Les linceuls est un vrai film de droite puisqu'il ignore totalement cet aspect où l'esquisse très vaguement (le groupe éco terroriste islandais ou soi-disant) et balaye complètement la question du privilège social que d'accéder à la décomposition de son entourage en direct alors que ça aurait été plutôt intéressant d'en parler.