Les vieux de la vieille connaissent tous au moins de nom le film culte Wayne’s World. Mais les gens connaissent peut-être moins celui de sa réalisatrice, Penelope Spherris qui, avant le succès du film précédemment nommé, mettait déjà en scène depuis bien 10 ans. Suburbia, parfois appelé Les Loubards par chez nous, est le deuxième film de la réalisatrice après le documentaire The Decline of Western Civilization qui s’attardait déjà sur la scène punk rock de Los Angeles. « Dejà » car c’est également la thématique de ce deuxième film, Suburbia, contraction de Suburb (banlieue en anglais) et Utopia selon un des personnages du film. Oui, on sent une réelle attraction pour la musique rock sous toutes ses formes, ainsi que tout ce qu’il y a autour, puisqu’elle réalisera par exemple également des clips du groupe Megadeath et même la version du Bohemian Rapsody de Queen version Wayne’s World.


Apprenant que son documentaire n’avait au final jamais été diffusé, la réalisatrice se dit que, sous forme de film, cela passerait mieux. Pour le scénario, elle s’est inspirée d’histoires et d’incidents qu’elle avait vus ou entendus mais elle se prend un mur des studios qui ne veulent pas produire son film. C’est finalement ce petit filou de Roger Corman qui vient à sa rescousse, fournissant 250000$US qui vont s’ajouter aux 250000$US que la réalisatrice avait elle-même apporté, et surtout très content (selon les dires de la réalisatrice) de la scène choc du début du film qui voit un petit enfant de maximum deux ans se faire attaquer et valdinguer dans tous les sens par un doberman un peu énervé. Bien qu’il soit compliqué de connaitre son score au box-office, d’autant plus qu’il n’aura eu droit qu’à une sortie très limitée, Suburbia est un joli succès critique, certains le qualifiant même de « meilleur film sur les adolescents en révolte avec Violences sur la Ville (1979) de Jonathan Kaplan ». Plutôt que d’embaucher de vrais acteurs, elle a recruté des jeunes et des musiciens punk-rock dans la rue pour interpréter chaque personnage. Pas étonnant donc de voir Flea des Red Hot Chili Peppers (le groupe venait juste d’être créé) incarner un des rôles. Les personnages du petit groupe de punks qu’on va suivre sont attachants, et ce même si le jeu des apprentis acteurs n’est pas toujours juste. Mais au final qu’importe car, comme ils sont malgré tout crédibles dans leurs rôles, cela amène juste encore plus d’authenticité à ce film brut de décoffrage, qui ne cherche jamais à mentir, qui ne cherche jamais à cacher la réalité, avec une réalisatrice qui ne juge personne, qui a aucun moment ne glorifie ou ne critique ses personnages.


A l’instar de son premier film, Penelope Spheeris nous propose une mise en scène très documentaire, une vision pas très reluisante des alentours de Los Angeles complètement à l’abandon, où les chiens sauvages sont légion, où les jeunes à la dérive s’entassent dans des squats. Une zone de non droit dans laquelle des rednecks chassent le chien sauvage à la carabine depuis leur voiture. Elle filme froidement ces jeunes paumés mais ne tombe pas dans le cliché sexe, drogue et rock’n roll. Elle se met du point de vue de ces jeunes et donc quelque part de l’insouciance, parfois même de la légèreté dans leur monde où le vol est presque un jeu, où tout se fait au jour le jour rythmé au son du rock ‘n roll, où le fait d’appartenir à une bande / communauté est peut-être ce qu’il y a de plus important pour eux qui sont tous issus de familles dysfonctionnelles. Ils forment ainsi leur propre famille alternative, désordonnées, bordélique, mais loyale et aimante. Cela ne veut pas dire que le film est léger, loin de là, et il a même un côté assez déprimant et parfois jusqu’auboutiste, n’hésitant pas à aller sur des terrains que le cinéma hollywoodien a souvent très peur de fouler. Sa vision honnête des choses, avec la mort qui rôde à chaque coin de rue pour ces jeunes désœuvrés, avec des banlieues qui ne sont pas du tout encensées et à l’opposé du fameux american dream, est clairement une des forces du film qui parvient à capturer un moment de la vie punk à Los Angeles, à capturer le profond sentiment de colère prête à exploser qui caractérisait la scène punk à cette époque. La mise en scène n’est pas en reste et appuie encore plus le propos, avec une photographie sans fioriture qui accentue le côté grinçant et râpeux de l’ensemble, mais aussi une bande son, punk bien entendu, vraiment excellente et efficace venant magnifiquement ponctuer cette exploration réellement puissante d’une sous-culture clairement incomprise, surtout à l’époque de Ronald Reagan.


Suburbia est un petit film coup de poing, une exploration puissante d’une sous-culture punk incomprise, mal aimée, où se cache une histoire guère reluisante derrière chacun de ses personnages. Une vraie bonne surprise, qu’on aime ou pas ce style musical.


Critique originale avec images et anecdotes : https://www.darksidereviews.com/film-suburbia-de-penelope-spheeris-1983/

cherycok
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le 29 juin 2025

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