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Tant qu’il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles.

C’est par cette note d’intention que Victor Hugo préfaçait son œuvre, et c’est ainsi que Jean-Paul Le Chanois démarre son film. Et qui de mieux que cet ancien résistant (d’ailleurs né Dreyfus), engagé au Parti Communiste et syndicaliste dans le milieu du cinéma, pour mettre en image le monument humaniste et social de l’auteur.


Car il s’agit bien d’une mise en image, bien plus que d’une adaptation. Je ne reviendrais pas sur la teneur du roman, à la fois fresque historique et pilier de notre culture populaire à l’universalité thématique et que tout le monde connaît, mais il est évident que son statut de classique majeur qui ira faire des émules jusqu’à l’étranger (de la comédie musicale de Broadway à la version italienne de 1948, en passant par le manga et… le jeu de combat Arm Joe) a largement aiguillé les choix de mise en scène de Le Chanois.


Le cinéaste s’efface et laisse parler le texte. A travers les décors qui nous immergent dans le Paris pré-Haussmannien du XIXe ou qui prennent en ampleur dans les parenthèses du passé à Waterloo. A travers la narration de Jean Topart qui vient combler les lacunes de l’image. A travers enfin son casting prestigieux qui voit s’affronter le monolithique de Jean Gabin en Valjean, l’évidence de Bourvil en Thénardier, l’éreintement fatal de Danièle Delorme en Fantine, l'ambiguïté maladive de Blier en Javert, ou le déchirement moral de Silvia Monfort en Eponine.


La caméra est invisible, et si certains pourraient targuer la réalisation de “plate”, je n’y vois ici que la déférence d’un admirateur qui choisit par l’épure de rester le plus fidèle possible à son référentiel. Et cela fonctionne, car la plume d’Hugo invitait déjà à l’image. Car même en connaissant cette histoire sur le bout des doigts, elle me transporte à nouveau.


Je serais bien à mal de vous dire s’il s’agit du meilleur portage à ce jour, mes lacunes étant nombreuses sur le sujet, n’ayant vu que la miteuse production hollywoodienne de Tom Hooper et le téléfilm avec Depardieu qu’il serait difficile de revisiter aujourd’hui sans tressaillir en voyant l’ogre jouer avec la petite Cosette. Mais mes souvenirs vivaces de ma lecture étudiante du roman n’ont par contre fait que s’imprimer en superposition du travail de Le Chanois, comme venant acquiescer ce que je voyais.


Quant à la préface, sa pertinence actuelle se passe de mots.


Frakkazak

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