Difficile d'amener le souffle épique de l'oeuvre de Victor Hugo dans un film, quand bien même il dure 3h30.
Dès les premières minutes, le choix de la voix off s'impose comme un solution de simplicité narrative. Soit... elle a au moins le mérite d'expliquer les états d'âme de certains personnage, et les non-dits qu'il serait difficile de restituer sans ce procédé narratif.
Dans l'ensemble, ça rend l'oeuvre plus accessible à un public qui n'aurait pas lu le roman original. L'usage de flashbacks participe également à cette volonté de clarté, en facilitant la compréhension des enjeux et des parcours des personnages.
Malheureusement, l'efficacité se fait au détriment du souffle épique, et donne par moments une impression artificielle (à l'image de ses décors extérieurs). Cela renforce le sentiment de théâtralité qui dans certaines scènes se rapproche même involontairement de la parodie.
Pourtant au cœur de l'histoire, les femmes sont très peu présentes: l'arc de Fantine est narré beaucoup trop rapidement pour qu'on s'en émeuve (alors que c'est le cœur vibrant du roman). Cosette quant à elle ne se retrouve là que pour être le love interest de Marius, et sa relation avec Valjean n'est qu'effleurée.
Côté casting, Jean Gabin incarne avec sa carrure un Jean Valjean convaincant. J'ai trouvé les Thénardier nettement moins réussis que dans le film réalisé par Raymond Bernard: on y trouve Bourvil à contre-emploi qui peine à convaincre. Il fait de la comédie alors qu'il est censé jouer une ordure, calculateur et fourbe de la pire espèce que le public doit détester.
Bernard Blier livre une interprétation efficace de Javert, particulièrement tenace à la traque du héros, ce qui faisait un peu défaut au film de 1934
Au final, je trouve cette adaptation plus accessible que celle de 1934 tant tout y est explicité. Mais c'est au détriment de la force et de la profondeur qui rendait le roman Les Misérables si unique.