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Robert Mitchum. Gregory Peck. Deux hommes rabaissés à une lutte infernale, insensée, presque insoluble. Un duel au sommet. Une réalisation sans faute pour une tension inégalable. Bienvenue dans "Les Nerfs à vif" !
Mitch' joue donc un immonde salaud fraîchement sorti de huit ans de tôle, et décide de faire payer tout ce temps perdu à l'homme qui a témoigné contre lui : Greg, l'avocat droit dans ses bottes, le justicier intouchable et incorruptible. Quoique. Si le constat de départ semble manichéen, l'amoral contre l'honnête, le bon contre la brute, J. Lee Thomson entreprend un portrait plus nuancé. En effet, si Mitch' incarne le mal absolu et abominable, comme il l'avait fait quelques années auparavant dans l'immense "La Nuit du Chasseur" (de manière tout aussi brillante dans les deux films par ailleurs) Greg, lui, n'est finalement pas blanc comme neige. Pris dans la tourmente, où la loi peut se retourner contre ses défenseurs, il donne une vision de la justice hautement ambiguë. Car si Greg veut s'en sortir, la voie légale ne lui pourra être d'aucune aide.
Thomson décrit donc ici un dilemme judiciaire, celui que la police Précrime de "Minority Report" résout sans scrupule : comment empêcher un homme de commettre un crime qu'il perpétra certainement un jour ou l'autre, sans preuves ? Aucun tribunal ne peut triompher sans faits. Pour des raclures comme Mitch', devrait-il exister un traitement plus dictatorial, à la hauteur de leur inhumanité ? Non, ce serait se rabaisser à eux, et la justice ne se rabaisse jamais, quelle valeur aurait-elle autrement ? C'est donc à Greg de plonger les mains dans la fange. Et croyez-moi, vous comme lui n'en sortiront pas indemne. Moi non plus.
Car si le propos et le déroulement du film sont saisissants, ils n'auraient pas autant d'impact sans cette superbe réalisation. Entre les envolées de violons de Bernard Herrmann et la mise en scène minutieuse de Thomson ne laissant rien au hasard, parfois même profondément évocatrice dans ses jeux d'ombres et de lumières, c'est cela qui installe la tension implacable du film, et joue avec les nerfs du spectateur. L'affrontement final est dans cette optique un véritable tour de force.
Rajoutez à cela deux très grands acteurs au sommet de leur art (Mitch' en tête) et vous obtenez un thriller particulièrement marquant, autant pour sa mise en scène que son écriture. Martin Scorcese en proposa même une réinterprétation à travers un remake en 1991, inévitablement inférieur, mais loin d'être dénué d'intérêt.
Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à ses listes Les meilleurs thrillers, Journal d'un cinéphile : année 2015, Ces perles méconnues... et Mes 35 plus belles rencontres cinématographiques de 2015
Créée
le 1 août 2015
Critique lue 657 fois
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