Thriller glauque et nocturne, Les Nuits de Mashhad détourne son réalisateur iranien Ali Abbasi du pure fantastique (tantôt dramatique, tantôt d'épouvante) qui baignait ses deux précédents films, Border et Shelley.

Narrant l'histoire vraie d'un tueur de prostituées dans la ville sainte iranienne de Mashhad, le film a été tourné en Jordanie pour éviter la censure de l'état. Le ministre de la culture iranien reconnait d'ailleurs avoir fait pression sur l'état français pour éviter sa sélection à Cannes, où l'actrice principale Zahra Amir Ebrahimi est repartie avec un prix de l'interprétation féminine largement mérité.

Le choix de cette comédienne au casting n'est pas un hasard: condamnée pour son apparition dans une sextape rendue publique par son ancien compagnon, tous ses rôles sont annulés. L’État ira jusqu'à l'interdire d'apparaitre dans des films ou à la télévision, mettant fin à sa carrière iranienne et la poussant à se réfugier en France. Un choix logique donc pour parler de la société iranienne actuelle et ses travers, religieux et moraux.

Coup de poing, le film n'épargnera rien au spectateur de la violence qui baigne la société iranienne. De la place de la femme à l'hypocrisie générale baignant la question sexuelle, les problèmes de drogue, la corruption, Ali Abbasi les infuse dans son thriller poisseux qui n'est pas sans rappeler un certain Zodiac.

Souffrant de quelques longueurs et d'une linéarité parfois lassante, Les Nuits de Mashhad tiendra tout de même son spectateur en apnée jusqu'à un final troublant où un renversement de valeur nous place dans une situation inconfortable.

En effet, après que le tueur soit enfin appréhendé grâce au travail de la journaliste, sa condamnation à mort reste incertaine: le sentiment d'injustice qui s'en dégage et nous révolte nous est presque aussitôt renvoyé à la gueule via la scène de pendaison finale et sa violence crue.

Bref, un film froid, violent, étouffant mais nécessaire.

Mr_Wilkes
7
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste NIFFF 2022

Créée

le 8 juil. 2022

Critique lue 56 fois

Mr_Wilkes

Écrit par

Critique lue 56 fois

D'autres avis sur Les Nuits de Mashhad

Les Nuits de Mashhad

Les Nuits de Mashhad

7

Dagrey_Le-feu-follet

le 25 juil. 2022

Suivre

L'étrangleur de Mashhad

Iran 2001, une journaliste de Téhéran plonge dans les faubourgs les plus mal famés de la ville sainte de Mashhad pour enquêter sur une série de féminicides. Elle va s’apercevoir rapidement que les...

Les Nuits de Mashhad

Les Nuits de Mashhad

6

Eric-Jubilado

le 14 juil. 2022

Suivre

La chasseresse

Depuis qu'il adopte les codes du thriller moderne, le cinéma iranien a la cote, et est porté aux nues par des gens qui ne supporteraient pas regarder plus de dix minutes d'un chef d'œuvre de...

Les Nuits de Mashhad

Les Nuits de Mashhad

7

Cinephile-doux

le 14 juil. 2022

Suivre

Un pur tueur

Les nuits de Mashhad n'est absolument pas un film iranien. Il a été financé par 4 pays européens dont le Danemark, le pays de Ali Abbasi, son réalisateur, qui a quitté l'Iran il y a déjà 20 ans. Vu...

Du même critique

Les Cinq Diables

Les Cinq Diables

8

Mr_Wilkes

le 2 juil. 2022

Suivre

Fire swim with me

Ouverture du NIFFF (Neuchâtel International Fantastic Film Festival) version 2022, Les Cinq Diables de Léa Mysius devient le second long-métrage de sa jeune réalisatrice, après un Ava qui avait déjà...

La Maison

La Maison

7

Mr_Wilkes

le 15 janv. 2022

Suivre

La maison des feuilles ?

Sortie en toute discrétion sur la plateforme Netflix en collaboration avec le Studio Nexus, étonnamment compliquée à dénicher sur SensCritique, The House est une animation horrifique/fantastique...

65 - La Terre d'avant

65 - La Terre d'avant

3

Mr_Wilkes

le 6 mars 2023

Suivre
Dernière modification

le 6 mars 2023

L'astéroïde aurait dû tomber plus tôt

Les annonces avaient de quoi mettre l'eau à la bouche (le duo à l'origine de l'écriture de Sans un bruit, Adam Driver, Sam Raimi en producteur), mais disons-le d'emblée : 65 - La Terre d'avant...