L’homme qui n'aimait pas les femmes (im)pures

Sélectionné au festival de Cannes 2022, Les nuits de Mashhad a été auréolé du prix d’interprétation féminine pour l’actrice Zahra Amir Ebrahimi. Le film est tiré d’un fait divers qui s’est déroulé au début de notre siècle en Iran.


Au commencement


Dans la ville sainte de Mashhad, un tueur en série étrangle des prostituées, sans que la police ne daigne s’en intéresser. Une journaliste, Rahimi (Zahra Amir Ebrahimi), vient couvrir ce fait divers puis va enquêter sur ces meurtres. Elle va rapidement se retrouver confrontée à la violence des hommes.


La violence des hommes


La première scène montre une jeune femme en train de se préparer. Son dos est marqué par des coups, signe de la violence des hommes à son encontre. Avant de quitter son appartement, elle embrasse son fils endormi et sort dans les ruelles nocturnes de Mashhad. La jeune femme se rend dans des toilettes publiques pour se changer et se maquiller sous les regards désapprobateurs d’une femme puis se dirige vers la mosquée. Elle la regarde mais n’ose en franchir le seuil, alors que les hommes affluent en masse en son intérieur. Elle récite une prière puis s'enfonce dans les rues sombres où elle attend les clients, enchaînant les passes sordides jusqu’à ce qu’elle croise le tueur en série.


Cette scène permet de prendre le pouls de la société iranienne. Nous sommes au début de notre siècle, comme on le constate au détour d’une passe chez un homme socialement important, comme en attestent ses prix et trophées exposés dans son salon. A travers l’écran de télévision, on aperçoit les attentats du 11 septembre 2001. Durant l’acte, l’homme parle crûment à cette femme, la malmenant aussi bien verbalement que physiquement, que ce soit lors du rapport qu’en dehors.


En une nuit, la jeune femme subit la violence des hommes. On peut se dire que ces hommes pensent pouvoir la traiter de cette manière, du fait que ce soit une prostituée. Cela ne les excusent pas, mais cela peut expliquer leurs comportements à son encontre. Malheureusement, cette violence se répercute sur toutes les femmes, peu importe leur statut social où le lien familial, les hommes les maltraitent d’une manière ou d’une autre.


Un constat qui se confirme lors de l’arrivée de Rahimi à l'hôtel. Elle se voit refuser la chambre qu’elle a réservée, en raison de son statut de femme célibataire. Le réceptionniste évoque un souci informatique pour ne pas lui donner sa réservation. Elle présente sa carte de journaliste pour l’obtenir. Il se ravise mais ne s’excuse pas. Ce n’est qu’une humiliation parmi tant d’autres, de la part des hommes sûrs de leur toute puissance au sein d’une société patriarcale.


Le monstre


Les nuits de Mashhad n’est pas une enquête classique. On découvre rapidement les traits du tueur en série. On le suit dans son quotidien, que ce soit à son travail ou dans sa famille. Il s’agit de Saeed (Mehdi Bajestani), un ancien militaire devenu maçon. Il est marié et père de trois jeunes enfants. En apparence, sa vie est des plus banale.


Pendant que Rahimi est confrontée à une police puis à un juge qui ne cessent de lui rappeler qu’elle n’est qu’une femme, ne devant pas interférer dans leurs décisions. Saeed erre la nuit sur sa moto dans les rues de Mashhad, à la recherche de sa proie. Il est comme un prédateur, son regard scrutant le visage des femmes qualifiées d’impures par ces mêmes hommes louant leurs services, avant de fondre sur celle qui est isolée et semble fragile, telle une bête blessée.


Nous sommes face à un esprit malade au sein d’une société malade. A travers les yeux de Saeed, on perçoit sa folie. Il a le regard vitreux, comme un toxicomane qui vient de prendre sa dose. La mort de ces femmes lui procure une immense satisfaction, jusqu’à être excité par la vue du pied d’un cadavre de l’une d’elles lors d’un rapport avec sa femme. Alors qu’il semblait contrôler ses pulsions, tout en étant méticuleux. Saeed commence à avoir des visions et entendre des voix. Il se met en danger, ainsi que sa famille. L’homme est en train de perdre totalement pied, ainsi qu’une ville le portant aux nues.


La société Iranienne


L’Iran est une société patriarcale comme les autres. Peu importe le pays, le constat reste le même, les hommes n’aiment pas les femmes. Les prostituées sont qualifiées d’impures par ceux qui jouissent et abusent de leurs corps. Leurs meurtres n’émeut personne, pas même leurs propres familles. On le constate lors de la visite de Rahimi chez les parents d’une des victimes. La mère renie sa fille, disant qu’elle a eu ce qu’elle mérite alors que le père est en pleurs. Malgré la violence de cette scène, elle permet de nuancer les rapports entre les hommes et les femmes.


Les femmes ne sont pas que des victimes, elles font aussi preuve de violences à l’encontre d’autres femmes. L’épouse de Saeed va aussi affirmer que ces femmes impures méritent leurs sorts. Elle est confortée dans ses propos par une population soutenant son mari dans sa croisade. Saeed devient un exemple pour son fils, auquel il transmet son “savoir”, afin de perpétuer son héritage sanglant.


Enfin bref…


Les nuits de Mashhad prend le pouls d'une société patriarcale iranienne gangrenée par un fanatisme religieux, portant aux nues un monstre pour en faire un héraut.


Un thriller glauque et éprouvant, ainsi qu'une réflexion sur la place de la femme au sein de l'Iran, dont il en émane le sentiment que cette violence est ancrée dans nos sociétés jusqu’à la fin des temps.


easy2fly
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le 31 juil. 2022

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Laurent Doe

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