Eh oui, je mets ça (largement) devant n'importe quel Kechiche et même devant le maître Pialat pour lequel Collard fut assistant réal et acteur. Adulé parfois pour de mauvaises raisons, comme le "film-testament" d'une génération sur le sida par exemple, "Les nuits fauves" m'avait surtout frappé par sa dimension viscérale, à fleur de peau, un film vécu assurément, dont on connaît la teneur autobiographique, mais surtout un film dans lequel Collard a tout mis pêle-mêle, avec une urgence palpable et une douloureuse honnêteté, son désespoir et son amour de la vie, ses passions et ses angoisses (celle notamment d'avoir pu contaminer des partenaires avant d'apprendre sa séropositivité), son exhibitionnisme et sa pudeur, sans garde-fou, avec une liberté forcément vitale et la témérité de ceux qui n'ont rien à perdre. En résulte (ou en résultait, en tout cas pour moi, au moment de sa découverte) un film terrassant d'émotion vraie et fascinant de contradictions, que je n'ai jamais osé revoir.