On peut difficilement ne pas ressentir un malaise en regardant "Les oubliés". Car si le film est formellement beau d'un point de vue esthétique et particulièrement attachant par son sujet, il n'empêche toutefois pas de masquer la réalité d'une situation beaucoup plus complexe qu'elle n'apparaît à l'écran et fait foi subrepticement aux mots de Nietzsche "Souviens-toi d'oublier"
Bien évidemment remettre d'actualité ce drame semble nécessaire. Envoyer 2000 gamins inexpérimentés jouer les démineurs, apparaît aujourd'hui comme une hérétique folie, un véritable crime surtout quand on sait que seule la moitié seulement est rentrée chez elle saine et sauve. Martin Zandvliet s'attache à ce fait historique méconnu avec un bon sens de l'équilibre. La connivence forcée entre cette équipe de déminage, ces presque enfants déjà déphasés par le conflit et dont le rêve le plus cher est de rentrer chez eux, et l'adjudant Rasmussen implique d'abord beaucoup de sentiments contrastés, puis peu à peu la confiance et quelque part un respect mutuel.
La position du Danemark pendant cette période de guerre, ne fut pas très claire dans un premier temps. Le gouvernement social démocrate s'est même montré au début du conflit plutôt conciliant avec le régime nazi. Ce qui n'a pas manqué de provoquer dans le pays un sentiment de honte. Sentiment auquel s'est substitué celui de la haine avec les exactions subies à partir de 1943 (date de la rupture diplomatique). Le fait de cautionner cette "mise à mort" est sans doute dû à ces ressentiments et à la soif de vengeance, indirecte qui plus est puisque les unités de déminage étaient commandées en vrai par les britanniques. En laissant ce contexte dans le flou, Zandvliet fait perdre à son film beaucoup de sa crédibilité.
Heureusement, il se rattrape avec une mise en scène tout en suspens (chaque mine mise à jour va t-elle exploser ? les prisonniers vont-ils s'en sortir ? se rebeller ?). Elle est d'une rare précision tant au niveau technique que psychologique. Et plus l'empathie envers le groupe évolue, plus le suspens devient source de moments d'angoisse, et il n'en manque pas. Les acteurs tous formidables contribuent largement à cet état de fait. De Rolland Moeller l'adjudant terriblement dur mais juste à Oskar Ludwig Hofmann le "conciliateur", de Joël Basman le rebelle aux deux frères Emil et Oskar Belton, pour ne citer qu'eux, tous sont excellents.
Le décor et la photo rendent aussi ces instants aussi émouvants qu'inquiétants. Cette longue plage bordée de dunes censée accueillir pêcheurs et enfants apparaît alors comme un sinistre terrain de jeu de la mort.
En bref, d'un point de vue purement sentimental ou technique on ne peut donc rien reprocher au film si ce n'est ce final un peu trop "beau".