Voir le film

<i>Spoilers.</i>

La première partie des <i>Proscrits</i> frappe par son aridité, et son dénuement : les quelques murs d’une simple ferme, la rudesse sobre d’une plaine rocheuse, aucune concession à l’imaginaire. C’est qu’avant de plonger bras ouvert dans l’imagerie glacée des récifs, Sjöström entend bien nous apprendre comment regarder son film : le monde des <i>Proscrits</i> est un monde matériel. Les différents s’y règlent à la lutte, le vol y est un crime honni, et on séduit les femmes en les comparant aux montagnes : pas de transcendance, ainsi, dans le lyrisme que déchaînera le tableau des hauteurs. On est aux antipodes du beau cinéma d’<a target='_blank' rel='noopener noreferrer' href="https://letterboxd.com/tb54/tag/arnold-fanck/reviews/">Arnold Fanck</a> : la nature, déromantisée, sécrète sa propre poésie réaliste, ne brutalisant les hommes qu’au hasard de la faim et du froid, actant du vieillissement des amours et des corps – engendrant même, le temps d’un plan furtif, ses propres fantômes. Force amorale au visage unique, même décor pour le sublime et l’horreur, qui réveille tendrement les amants à l’aube autant qu’elle peut décréter la mort d’un enfant, sans un instant chercher à lui prétendre un sens.

Il faudrait mesurer les vastes implications narratives de ce recalibrage – qui, au vu de l’œuvre de Stiller (toute aussi aride, bien que moins chantante), est peut-être simplement le crédo du muet suédois tout entier. “Il est possible de vivre hors de la loi des hommes et des cieux” : cette idée simple, qui ordonne tous les partis-pris du film, ramène les péripéties à leur part d’aléatoire (cette sublime hésitation du passage au couteau, étrangère à tout déterminisme moral), et sait rendre au monde la pureté de sa beauté concrète – les visages en gros plans, toujours spectaculaires (ils justifient à eux seuls de voir le film sur grand écran), s’admirent ici comme des paysages. On tient peut-être là, dans ce très grand film qui souffre de bien peu (tout au plus d’un acte central mielleux, et d’un trop-plein de cartons), un exemple glorieux de ce qu’aurait pu être un vrai naturalisme au cinéma, illuminé et tout puissant, célébrant la matière, plutôt que replié sur sa petite sociologie mortifère.

(<a target='_blank' rel='noopener noreferrer' href="https://www.underthedeepdeepsea.com/les-proscrits-victor-sjostrom-1918/">source</a>)

Deep-deep-sea
8
Écrit par

Créée

hier

Deep-deep-sea

Écrit par

D'autres avis sur Les Proscrits

Les Proscrits

Les Proscrits

8

Cinephile-doux

8298 critiques

La nature de l'amour

Tiré d'une histoire islandaise se passant au milieu du XIXe siècle et tourné en grande partie dans les décors naturels de Laponie, Les proscrits marque le début de la période créatrice la plus...

le 30 juin 2019

Les Proscrits

Les Proscrits

5

Fatpooper

14236 critiques

L'amour pour toujours

Un peu mou ce film. Et puis ce silence ... Le scénario est plutôt décevant. En fait, c'est très misérabiliste, c'est-à-dire que les conflits n'en sont pas vraiment puisqu'il s'agit de voir les deux...

le 4 sept. 2016

Les Proscrits

Les Proscrits

8

Deep-deep-sea

824 critiques

Critique de Les Proscrits par Deep-deep-sea

<i>Spoilers.</i>La première partie des <i>Proscrits</i> frappe par son aridité, et son dénuement : les quelques murs d’une simple ferme, la rudesse sobre d’une plaine...

hier

Du même critique

Zootopie

Zootopie

6

Deep-deep-sea

824 critiques

Critique de Zootopie par Deep-deep-sea

<i>Zootopie</i> est un film sympathique, pris dans une contradiction entre sa parabole anti-raciste (ne pas se fier aux clichés inhérents à chaque espèce) et l’anthropomorphisme qui fait...

hier

Zombillénium

Zombillénium

4

Deep-deep-sea

824 critiques

Critique de Zombillénium par Deep-deep-sea

Projet plutôt intriguant, <em>Zombillénium</em> est finalement peu convaincant. Son récit ressemble à une note d’intention (il faut voir comment chaque personnage est caractérisé et...

hier

Zillion

Zillion

3

Deep-deep-sea

824 critiques

Critique de Zillion par Deep-deep-sea

Un énième avatar de ces sous-sous-sous-<em>Guy-Ritchie-movies</em> qui pullulent, avec toujours le même programme : fric à foison, drogue et carrés VIP, brutes et pratiques mafieuses,...

hier