Le "social disease" est moins drôle ici que celui de "Officer Krupkee", mais il est plus subtil.

C'est un film de procès à la construction sophistiquée.

L'éclairage sur l'enquête et la personnalité de Pretty Boy Romano (joué par John Derek) est d'abord donné, pendant le procès même, par une série de flashbacks organisée chronologiquement suivant les souvenirs de l'avocat de la défense (joué par Humphrey Bogart) qui l'a connu enfant

Dans cette narration en apparence classique, les interactions passées, tumultueuses entre le jeune voyou et l'homme fait (qui a réussi son extraction du même quartier défavorisé) altèrent avec bonheur la linéarité de la reconstruction mémorielle en flashbacks, sans quoi le procédé aurait pu être un peu ennuyeux. 

Puis un retournement fait pivoter la narration vers le temps réel du procès, pour un moment original et captivant. Pour finir, on aura une plaidoirie magnifique par le verbe, par le regard, par la gestuelle et par les déplacements de Bogart dans l'enceinte du tribunal. Elle sera suivie par un verdict et un final sans concessions sentimentales. 

Cependant, l'argument principal est trompeur.

Les causes de la délinquance peuvent être celles du titre français : "Les Ruelles du malheur" ; ou du titre américain : "Frappez à chaque porte" (et vous y trouverez le même voyou créé  par la société).

Il fait penser à la chanson "Officer Krupkee" de West Side Story (1963) qui dit la même chose avec humour et auto dérision. Paradoxalement l'ironie chantée et dansée donnait plus de crédibilité à l'argument. Car si le déterminisme social est souvent dénié à tort, il est peut être mieux compris et reconnu si on accepte aussi sa relativité - c'est un des facteurs mais pas le seul - ce que l'humour de la chanson "Officer Krupkee" apporte en fait, en se moquant de son propre contenu.

Le film de Ray ferait-il du déterminisme social un absolu, sans place pour le libre choix ? 

A mon avis, l'argument est asséné de manière péremptoire seulement dans le verbe final de l'avocat - car forcément celui-ci veut sauver son client.

Mais il ne l'est pas tant que ça dans la description de la vie du jeune voyou telle qu'on la voit avant cette plaidoirie, car ses aller retours entre une vie rangée et la délinquance, ses hésitations personnelles et ses plongées (ou volte-faces) brusques dans la marge ne sont pas toutes obligatoires.Quand sa réussite sociale et amoureuse est enfin devenue, il y retourne et c'est son choix.

Le jeu époustouflant de Bogart (peut-être son meilleur rôle ou son meilleur moment comme acteur) avec son discours si convaincant écrasent cette part d'équivoque dans le récit de la vie de Pretty Boy telle qu'elle nous est montrée dans le corps du film par Nicholas Ray.

En fin de compte, le film souligne la force de la pression sociale mais laisse au choix individuel sa possibilité d'influencer le destin, aussi n'a-t-il pas vieilli.

(Notule de 2021 publiée en aout 2025).

Michael-Faure
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le 20 août 2025

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