Les Saisons
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Les Saisons

Documentaire de Maureen Fazendeiro (2025)

Contemplé à travers des cadres simples, se confondant parfois avec des images scientifiques, le film de Maureen Fazendeiro dresse un portrait pictural de la région de l'Alentejo. Pour ce faire, la pellicule devient le maître-pinceau, décalant les couleurs du réel pour n’en conserver que les rêveries : un vert bien trop appuyé dans les champs de fleurs ou une lune toujours pleine contrastant avec le noir et blanc des archives historiques. Mais l’image ne s’arrête pas à la présentation de paysages idylliques ; elle en restitue la matière, la forme, une sensation organique de ces champs et de ces prairies.

Ainsi, derrière l’écorce des arbres méthodiquement dépecée par des ouvriers, le geste nous indique le chemin à suivre. Il faut explorer l’image sous la surface des apparences, que celle-ci se cache sous la roche d'une grotte où des touristes s’aventurent seuls, ou sous la terre d’un véritable chantier de fouilles archéologiques. Le film tâtonne derrière chaque matière pour en extraire une histoire de ce territoire, contemplé à travers des panoramiques. Ce geste pictural, dessinant une histoire par brouillons, ne cherche pas tant à redessiner le territoire qu'à raconter ce qui relie les époques entre elles.

Déterrer des légendes et des mythes pourrait se limiter à la simplicité documentaire — conter leur poésie, comme le film le fait d'ailleurs à bien des égards en filmant des personnes âgées lisant des poèmes. Mais, dans la logique du brouillon archéologique (à l'image de ces archéologues allemands laissant des dessins de mégalithes au sein d'un montage musical), la volonté de documenter passe par un regard sur notre temps. Ainsi, les chèvres de notre époque, rassemblées en troupeau au début du film pour la traite, deviennent des animaux sacrés lorsqu’on en isole une dans le plan et le paysage. Le principe de réincarnation de l’animal crée un lien d’une époque à l’autre, rejoignant le motif de la fouille : chercher derrière la figure d’un élément contemporain pour y lire une histoire du passé (à l'instar des mégalithes découverts au XXe siècle qui racontent les traces du Néolithique).

Les vestiges, au départ assez incompréhensibles, laissant une impression de fouilles sinueuses et hasardeuses — passant d'un troupeau à une voix off d’archéologues, puis à des poèmes récités par des retraités — finissent par laisser apparaître une présence fantomatique. Les mythes, rejoués par des personnes du terroir, refont surface et tracent les lignes d’une politique de répression. Là où les décors du présent laissent peu transparaître cet héritage (hormis quelques contes racontés autour d’une table comme des faits divers d'aujourd'hui), les fantômes n'en restent pas moins bien présents. Ainsi, la tombe de ce brigand, torturé et enterré par quelques habitants, laisse les traces du début d’un sillon agricole ; celui-ci rejoint, peu de temps après, par des images d’archives d’ouvriers agricoles incarnant eux-mêmes l'opposition et la lutte face à un État répressif (inscrivant le récit dans le sillage de la Révolution des Œillets et de la chute de la dictature de Salazar). Ces fantômes des siècles passés ne laissent que des chansons ou des contes, mais ils ne discutent pas tant avec notre XXIe siècle, dont on n’aperçoit que peu, voire pas du tout, les contours politiques.

Guidé au départ par l'idée que le film tracerait un récit propre à la recherche méthodologique de l'archéologie, le spectateur voit le récit s'en écarter, à l’image de sa voix off. En effet, bien que le couple allemand soit composé d'archéologues de profession, ils n’apportent pas les méthodes et les résultats de leurs recherches, mais un regard sur les vestiges qu'ils vivent eux-mêmes. Les ruines se jouent dans leur époque et leur regard personnel, faisant écho à leur appartement munichois prenant lui aussi la forme d'une ruine de la guerre et de ses conséquences. La voix off trace ainsi le processus même de l’incarnation de la ruine et de ce qu’elle laisse sur un territoire.

Dans le plan de fin, toutes ces branches sur lesquelles la caméra s'attarde, traversant avec contemplation les feuillages, remontent à une seule chose : le tronc de l’arbre. Derrière toutes ces formes empruntées, ces chemins explorés et ces ruines dépoussiérées, le film finit par suivre le même mouvement que son plan final : prendre le temps d’admirer, dans ses moindres détails, chaque parcelle de terre qui constitue une histoire commune.


debu_jean
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le 1 avr. 2026

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