Support: 4K Bluray UltraHD
Je vais la faire courte tant je serais bien à mal d’amener quoi que ce soit qui n’est pas déjà été dit maintes et maintes fois et par des personnes bien mieux articulées que moi aux cours des sept dernières décennies.
Alors enfonçons d’emblée les portes ouvertes : Les 7 Samouraïs, s’il n’est pas à l’origine du chanbara (le genre du cape et d’épée à la japonaise), en est la quintessence qui a permis sa démocratisation, continuée par pléthores d’autres œuvres du maître Kurosawa (de Sanjuro à La Forteresse Cachée, en passant par Kagemusha et autres Garde du Corps). Mieux encore, le film puise dans le western américain et va lui-même influencer ce dernier dans les années qui suivent, au-delà du remake que constitue The Magnificent Seven. Une forme de cercle vertueux artistique qui traverse les frontières et les époques, les cinéastes se reconnaissant entre eux et donnant invariablement dans l’intertextualité, comme en littérature.
Cette aura mythologique qui entoure Les 7 Samouraïs n’est évidemment pas usurpée. Le film de 1954 n’a pas pris une ride et se révèle toujours être le même monument épique, à la fois porté par un souffle d’aventure et une humanité déchirante, où les questionnements sur l’honneur d’une caste en déclin se heurtent au pragmatisme de la survie des désoeuvrés. Les valeureux et les chiens fous s’allient, les naïfs et les compétiteurs se font frères d’arme le temps d’un siège, prêt à mourir pour une cause ingrate qui ne les regarde pas.
A ce titre, le script est quasiment parfait. Chacun des personnages est caractérisé avec simplicité et efficacité, tant dans son profil psychologique que dans son apparence qui en découle. En à peine quelques lignes de dialogues, quelques minutes à l’écran, on saisit les enjeux individuels de chacun. De même que la richesse du scénario permet de tenir les comptes dans un récit aux protagonistes nombreux et aux batailles multiples qui viennent étioler les forces assaillantes. Loin de l’anonymisation étouffante des antagonistes d’un Assault on Precinct 13 (film évidemment sous influence), chaque mort a ici un coup psychologique, dans un camp comme dans l’autre.
Et alors que le temps passe, signifié par la pousse des cheveux de Kanbei, le moral ne tient plus que par une force de volonté, une résignation d’aller au bout de la tâche entreprise, et ce malgré les trahisons des paysans. L’honneur est ici tout personnel.
Je pourrais discourir sur le talent de Mifune et Shimura, sur les cadres de Kurosawa et la splendide photographie qui magnifient tant les pauses romantiques que le chaos diluvien de la bataille, ou même sur la bande-son entraînante de Fumio Hayasaka. Mais je préfère en rester là, au moins jusqu’au prochain visionnage.