La réalisatrice saoudienne Haifaa Al-Mansour a de la suite dans ses idées. Après les excellents Wajda et The Perfect Candidate, Les silences de Riyad peut ainsi considéré comme le dernier volet d'une trilogie sur la place des femmes et les obstacles à leur émancipation dans son pays. Le film commence par la découverte d'un corps dans le désert, celui d'une lycéenne non identifiée. La cinéaste investit les codes du genre policier pour, croit-on, commenter et critiquer les us et coutumes d'une société farouchement religieuse et patriarcale. L'enquête parallèle menée par l'héroïne du long métrage s'écarte des sentiers battus et à travers le portrait évolutif de celle-ci évoque, entre autres, le statut de femme divorcée dans le royaume saoudien et le regard souvent comminatoire des autres sur une existence isolée des hommes. Le film est plutôt efficace dans sa progression dramatique, en dépit d'un caractère parfois filandreux et d'une fluidité pas toujours parfaite. La conviction de son interprète principale Mila Al-Zahrani fait beaucoup pour s'attacher à son personnage, avec un côté obsessionnel et sa manière d'affronter les hommes jusqu'à la limite. Les silences de Riyad s'achemine donc vers un dénouement assez classique et satisfaisant avec résolution de l'affaire à la clé, mais c'est à ce moment-là qu'intervient un twist final à l'américaine qu'on aurait tendance, a priori, à juger comme aberrant, voire ridicule, et à contre-courant de tout ce qui avait du sens auparavant. Pourquoi une telle conclusion ? Une concession à la censure ou une sorte de pied-de-nez plus subtil qu'il n'y parait de prime abord, dans une revendication féministe radicale, quelque peu contestable, tout de même, eu égard aux conséquences ? Vous avez trois heures.