« Rien n’est plus dangereux qu’une femme qui danse » dit un des personnages du film. En l’occurrence c’est au Pays basque en 1609, aux yeux du pouvoir royal allié à l’Eglise que les femmes représentent un danger. L’envoyé du Roi veut donc faire avouer à quelques jeunes filles du village, de retour d'une fête de nuit dans les bois, leur participation au Sabbat, cérémonie nocturne au cours de laquelle Lucifer est censé s’accoupler avec ses servantes. Et les soldats de l’inquisition d’enfermer les jeunes filles sur la paille du cachot, de les frapper, de les interroger, de vouloir leur faire avouer un crime dont elles ignorent tout : la sorcellerie.
Quoi qu’elles disent, on les considérera comme des sorcières. Alors, pour retarder l'échéance de leur exécution jusqu’à la pleine lune et le retour des hommes partis en mer, elles vont devenir ces sorcières qu’on les accuse d’être. Commençant par résister au Juge la meneuse du groupe va peu à peu entrer dans son jeu, et progressivement prendre les rênes d’un duel de plus en plus intime au terme duquel le Juge lui-même, victime de ses propres fantasmes, verra sa raison basculer. Scène particulièrement savoureuse que celle des hommes de pouvoir et de religion s’étranglant à ces « aveux » prenant des airs d’orgasme feint.
Rythmé et vif le film est une réussite de réalisation. Elégance visuelle, casting et interprétation impeccables, photographie superbement éclairée dans des magnifiques clairs obscurs référence à Goya.
Œuvre féministe, « Akelarre » qui désigne le lieu du sabbat dans la mythologie basque, entre en résonance avec les mouvements féministes d'aujourd'hui. C’est une chronique puissante et lucide du fanatisme religieux macho et misogyne de l'Inquisition catholique espagnole et un des exemples de l’éternelle obsession des extrémistes religieux alliés aux pouvoirs autoritaires de s’en prendre aux femmes, au plaisir, à la musique, à la danse.