Ce petit film des débuts de Griffith anticipe les éléments de langage privilégiés par le cinéma soviétique des années 1920. Il utilise le montage parallèle (un des versants du montage 'expressif') pour comparer les situations courantes dans deux univers, puis le rapport aux mêmes situations particulières dans chacun. Au milieu du film la pratique s'intensifie, cette accélération renvoyant au 'cross cut', l'équivalent du montage alterné de la part des américains, où l'activation émotionnelle compte autant que le 'faire sens'.


L'opposition est rude entre la classe paysanne et celle des nantis. Les riches sont agités, exaltés comme des pantins joyeux et imbus, optimistes inconsidérés ; les pauvres sont sobres et appliqués, positivement résignés. D'un côté c'est la foultitude, le grouillant dans les intérieurs urbains, de l'autre c'est la solitude et le calme, avec les éléments naturels dominant. La démonstration est claire et s'alanguit un peu, martelant avec mollesse lors de la scène du passage à la boutique, ou étirant les jeux absurdes de grands enfants vernis. A Corner in wheat 'make sense' mais une fois posé, il en ajoute peu, préférant les poses à l'analyse, l'extension d'une image-idée à la croissance d'une action ou d'une volonté.


Les dernières minutes interrompent ce flot, avec le surgissement d'une horreur dans la réalité. La mort de ce financier dans son fétiche est ironique et provocatrice, dans le sens où la fragilité humaine s'impose aux yeux et à la conscience de tous, malgré les fatras clinquants et les gains. À ce moment l'entourage a du mal à faire face, contrairement aux paysans, gardant une attitude stoïque en toutes circonstances, ou s'y efforçant car ils n'ont pas d'alternative. Lorsqu'on est rompu à la nécessité, on ne s'étonne plus des coups-bas de la providence. Les deux catégories sociales restent donc antagonistes jusque dans le malheur et la difficulté. Ce tableau est proche de la tradition populiste américaine, mais trop flatteur et distant pour la représenter.


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Créée

le 14 oct. 2016

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7

Zogarok

le 14 oct. 2016

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Critique de Les Spéculateurs par Zogarok

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