Les Tourmentés, c'est le titre d'un roman de Lucas Belvaux que le cinéaste n'avait, a priori, que peu envie de porter à l'écran. Par ailleurs, l'idée de réaliser un remake des Chasses du comte Zaroff lui était bien passée par la tête, mais… Belvaux, il lui faut de la pâte humaine à pétrir et finalement, il est revenu à son livre, qu'il a eu toutes les peines du monde à transposer au cinéma. Il a bien fait d'insister, car Les Tourmentés, après une mise en bouche appétissante, ne cesse de jouer avec les spectateurs, et surtout avec les instincts voyeuristes de ceux-ci. Ce qui l'intéresse, au premier chef, au-delà des mécanismes habituels que sont l'argent, l'amour et la mort, ce sont les rapports entre les êtres, de la confiance à la méchanceté, en passant par l'ambigüité. Et l'on est diablement bien servi dans Les Tourmentés, même si l'on n'est pas obligé de souscrire à tous les rebondissements psychologiques du film et, notamment à son dénouement, lequel en frustrera plus d'un et, a contrario, ravira les autres, pour son pied-de-nez. Dans cette machine de guerre bien huilée, avec ses courts flashbacks et projections sur l'avenir, Niels Schneider et Ramzy Bedia, quoiqu'impeccables, se font ravir la vedette par la surprenante Linh-Dan Pham, jamais vue dans ce registre. Quant à savoir à combien estimer le coût de la vie d'un homme, la réponse figure, ou pas, dans le film.