Turkey Shoot semble se satisfaire du scandale de son propos et de son image, délaisse l’écriture du scénario au profit de la mise en place puis de l’accomplissement d’une chasse à l’homme qui ne surprend que rarement, sinon par la brutalité inhérente au geste esthétique du cinéma australien. La caractérisation verticale des parties en présence, avec d’un côté les puissants en costume et de l’autre les martyrs révoltés ou assimilés tout de jaune vêtus, refuse la complexité psychologique ou morale, et sa destruction du système en place advient par la mise hors-service des différents méchants définis et confondus avec les armes qu’ils emploient. Le seul intérêt véritable repose sur la géographie de l’île où se débattent proies et chasseurs, proposant des paysages hétérogènes tantôt proches d’une savane africaine, tantôt empruntés au décor de la colonisation (les champs), tantôt escarpés à la façon des films de montagne avec ses forêts pentues similaires aux espaces de Deliverance (John Boorman, 1972). La musique électronique tonitruante de Brian May contribue également au malaise ressenti sinon à de (trop) rares occasions – pensons par exemple au choix d’un freak parmi les bourreaux, sorte de loup-garou sorti d’un conte pour enfants.