Quand on connaît l'histoire de Chris Costner-Sizemore, diagnostiquée comme souffrant d'un trouble de la personnalité multiple (trouble dissociatif de l'identité) et la façon dont le docteur Corbett Thigpen s'est comporté pour vendre les droits de ce cas pathologique et lui faire accepter la sortie du film (sur le thème "non non ne regardez pas, ça va vous faire du mal et ce n'est pas bon pour votre thérapie"), il y a de quoi être franchement révolté par cette introduction qui avance comme un argument d'autorité massue. On nous certifie que tout ce qui suit est garanti 100% vrai, basé sur les rapports et notes de l'administration médicale, que seuls les noms sont changés... Bref, une arnaque, il y a un monde entre un documentaire non-travesti et la fiction "basée sur des faits réels".
Pour le reste "The Three faces of Eve" est un film amusant dans le sens où il rend bien compte du rapport qu'entretenait la société avec la psychiatrie, avec ce côté très académique qui cherche évidemment à corréler chaque parcelle de comportement déviant avec une traumatisme, de préférence logé dans un recoin caché de l'enfance qui ne demande qu'à être exorcisé de la mémoire (ici en l'occurrence, on l'a forcée à embrasser sa grand-mère morte). C'est donc un peu "Split" de Shyamalan avant l'heure, avec Joanne Woodward en plein dans l'actress studio pour figurer les changements de personnalité. Finalement, la description clinique ne semble pas avoir beaucoup évolué en plus de 50 ans.
Bien sûr le titre spoile allègrement le contenu du film puisque si la question de la nature de la pathologie est révélée rapidement, au terme d'une séance d'hypnose qui arrive très vite, on n'est pas censé savoir qu'une troisième personnalité va émerger à mi-parcours. Le dispositif médical tel qu'il est retranscrit sur le plan cinématographique est très lourd, avec les docteurs qui surjouent le côté explorateur, avec une voix off empesée et ce en dépit d'une interprétation plutôt correcte de la part de Lee J. Cob et Joanne Woodward (entre Eve White et Eve Black, bonjour le choix des noms...). Le mari, en revanche, n'est pas un second rôle très travaillé et illustre bien les faiblesses dans le cadre.