Malgré une très belle image, quelques situations cocasses et un attachant croque-mort, Les versets de l'oubli peine à convaincre. Certes, la poésie qu'il dégage parfois intrigue, fascine même; toutefois le premier long-métrage du réalisateur iranien Alireza Khatami manque de profondeur et, surtout, de scénario.
Le silence que ne trouble que des chants d'oiseaux, la presque immobilité d'un vieillard, un espace-temps difficile à définir: sommes-nous au paradis ou encore sur terre? Ou bien dans un entre-deux, entre vie et mort, et aussi entre rêve et réalité? Voilà la douce interrogation parmi laquelle Khatami parvient à nous plonger, créant l'illusion d'un dehors métaphysique, à l'écart de toute temporalité et localisation.
De même, la photo (excellent cadrage et excellent éclairage, soulignons-le) et les quelques effets spéciaux (évidemment la scène de la baleine) contribuent à installer cette ambiance onirique, mélange de réalisme magique, de surréalisme et, moins dans l'image que dans les scènes absurdes (l'archiviste enfoui dans un temps intérieur), d'univers kafkaïen.
Autant de preuves qui laissent présager d'un futur prometteur pour ce jeune cinéaste, ayant assisté Asghar Farhadi, proche esthétiquement d'un Raoul Ruiz et qui a su merveilleusement dirigé le très touchant Juan Margallo. Avouons tout de même que, pour se démarquer de son mentor et éviter le drame social, Khatami néglige l'approfondissement de ses personnages et surtout du récit, se focalisant essentiellement sur une écriture poétique (qui, à elle seule, ne soutient pas le film) au détriment d'un regard politique, historique et/ou psychologique. Ce qui, inévitablement, rend bancal un film qui aurait pu prétendre à un meilleur résultat. Dommage. Surveillons tout de même de près Khatami qui n'a certainement pas fini de nous étonner.