Il va falloir être un poil courageux pour pouvoir apprécier à sa juste valeur ce premier film de l’iranien Alireza Khatami, ici expatrié au Chili. Dans Les Versets de l’Oubli, aucune frénésie, encore moins d’excitation. Le jeune cinéma de Khatami semble vouloir se poser là, dans un coin du décor, plus ou moins éloigné des pérégrinations d’un vieil homme qui s’occupe d’une morgue dans la périphérie d’une grande ville sud-américaine. Et si les occupations de cet homme qui ne se souvient pas de son propre nom ne sont déjà pas forcément palpitantes, le regard distant et épuré de Khatami n’aide pas non plus à entrer pleinement dans cette fable minimaliste.
Chronique allégorique en forme de métaphore en apesanteur, la lenteur et l’épure des Versets de l’Oubli permet, malgré tout, de mettre en valeur ses quelques brillants éclats. C’est le cas lorsque survient l’un des seuls mouvements de caméra du film, composé à 99 % de plans fixes, au moment où une pluie s’abat à l’intérieur d’un bâtiment ; lorsqu’une baleine se met à survoler le ciel, comme si celle échouée au milieu du village dans Les Harmonies Werckmeister de Béla Tarr s’était soudainement envolée, avais pris de la couleur, de l’envergure et s’en allait vers les cieux ; ou au moment où les morts anonymes décident de remonter à la surface. Ces quelques sursauts s’imposent comme l’affirmation d’un jeune cinéaste plein d’avenir.
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