Недавно я услышал где-то,
Что скоро прилетит комета
И что тогда мы все умрём, умрём.
Лето...
Лето...
Лето...
L'autre jour, j'ai entendu quelque part
Qu'une comète s'écraserait bientôt sur nous
Et qu'alors nous mourrions tous, tous.
L'Été...
L'Été...
L'Été...
Tandis que la Russie célébrait démesurément la Grande guerre patriotique et la victoire de l’Union soviétique, le 9 mai 2018 eut une toute autre saveur en France. Le public cannois faisait, à cette date, la découverte de Leto (лето), neuvième métrage de Kirill Serebrennikov. Si l’été n’avait pas encore officiellement commencé, c’est un océan de soleil qui envahit l’écran, tant le film se démarque par son esprit solaire. En témoigne cette scène sur la plage, où la caméra se mue en prolongement de ce soleil, capturant tous ses reflets, dans diverses formes : danse, chant, baignade nocturne, feu - tant d’éléments rappelant le rituel festif dans Andreï Roublev (1966). C’est dans ce cadre pétersbourgeois que l’on fait la découverte de Viktor Tsoï et Mike Naoumenko, figures de la culture rock underground du Léningrad des années 1980.
Mais voilà : la scène du rock est muselée par un régime qui tend à le limiter, à le vider de sa substance, de sa vitalité. L’immobilisme et la liberté qui caractérisent le genre déplaisent à Brejnev et aux cadres du Parti. Il faut donc s’adapter. Toute cette dialectique est magnifiquement mise en scène dans la scène d’ouverture, avec un plan séquence qui vient illustrer cette tension entre un régime omniprésent, surveillant, pesant, et un rock émancipateur, léger, allègre. Toutefois, la musique, elle aussi, est pensée comme ubiquité. Elle est le personnage principal d’un film qui ne se repose jamais, se substituant à un aspect politique qui aurait fait perdre au film toute sa superbe et son originalité. À ces deux derniers adjectifs, le triptyque de personnages que forment Mike, Natalia et Viktor est un echo. Chacun oscille entre mystère et complexité, entre amour et chagrin, entre doute et certitude. Tous, en plus de leur capital esthétique et charismatique, sont magnifiés par la caméra. Que dire de l’analepse lors de la scène la plus essentielle du film, si ce n’est bravo ?
Enfin, Serebrennikov se permet d’emprunter le chemin de la légèreté, en s’accordant des séquences hors du temps (ceci n’a pas eu lieu, se charge de nous rappeler le personnage annonciateur). De quoi rappeler les scènes dans les cuisines racontées par Svetlana Alexievitch dans La fin de l’homme rouge (2013). Dans les cuisines de Léningrad et de Moscou, en hiver ou en été, un vent de liberté semblait déambuler. Était-ce la réalité ? Nul ne saurait le dire mais, certains, avec brio, ont su le vivre en chanson.