C'est le premier long-métrage de Paul Thomas Anderson que j'ai la chance de visionner et je comprends le succès sans équivoque de cet artiste et notamment d'un de ces derniers bébé, Licorice pizza.

Tant de choses peuvent être marquantes dans cette œuvre. Des personnages aux situations loufoques. En passant par une mise en scène, des jeux de couleurs et plans maitrisés à la perfection. La fresque d'une époque désormais devenu le décor de nombreux classiques est ici beaucoup plus qu'un arrière-plan ou un simple contexte où évoluent nos personnages principaux Gary et Alana.

De son titre, à la construction du récit elle pose question à de nombreux égards. Cela semble décousu, on passe d'une scène à une autre sans forcément en comprendre le sens et à en entrevoir le fil rouge qui relie tout cela. Nos seuls points d'ancrage dans la course folle et l'effervescence qui se dégage des seventies, sont nos deux personnages principaux, qui semblent tout aussi perduent que nous au milieu de ce chaos. Pour autant ils ne s’arrêtent jamais de courir, d'essayer, de tomber et de se relever. Tout se passe à l'extérieur et dans l'action loin de notre époque actuelle où tout est rattaché à des écrans. Une certaine nostalgie s'en dégage, une sensation "du tout est possible" aussi. Très caractéristique d'une époque où il semblait qu'il faille juste traverser l'autre bout de la rue pour tomber nez à nez avec la prochaine opportunité.

Paul Thomas Anderson construit son scénario autour de cette fine ligne qui sépare imaginaire et réalité. Car tout le récit est bercé par le vécu de ce dernier, ayant grandi dans la vallée de San Fernando à Los Angeles. "Licorice Pizza" était en fait le nom d'une chaîne de disquaire implanté en Californie durant sa jeunesse. Un de ces personnages principaux Gary, est en fait basé en partie sur un vrai personnage Gary Goetzman, producteur et acteur américain, né à Los Angeles. Ancien acteur enfant il apparait dans de nombreuses productions de la fin des années 60. Plus qu'un récit construit de toute pièce on assiste à la réminiscence de souvenirs et moments emprunté au vécu du réalisateur lui-même. Mélangé à une des choses que le temps et l'esprit savent faire de mieux, les rendre iconiques, mémorable, superbes. D'où l'importance de cette phrase dites par Alana à ce vieil acteur complétement barré "Is this lines or is this real ?", C'est la question qu'en tant que spectateur nous pouvons aussi nous poser, au vu des nombreuses scènes qui s'imbriquent l'une après l'autre de façon décousues et absurdes. Elles semblent jaillir de la mémoire. Comme si elles nous étaient contées par le réalisateur lui-même, comme elles lui viennent, au détour d'un verre. Avec spontanéité et juste assez de folie pour les rendre fascinantes et mémorables.

Alors que pour beaucoup "Licorice Pizza" nous parle d'amour, il parle surtout de trajectoires qui baignent dans un contexte bien précis. Les deux personnages Alana et Gary, ont une alchimie qui est certes incontestable. Tout se passe dans le silence et les regards, les sourires à peine dessinés au coin des lèvres et les gestes avortés. Mais c'est surtout la construction de deux personnages plus vrai que nature et elle est là la force de l'œuvre. Gary, jeune adolescent de 15 ans est débordant de vie, d'idées et d'ambition. Il est aussi follement amoureux d'Alana ou du moins il est amoureux de l'idée qu'il se fait d'elle. Quant à Alana, jeune femme de 25 ans, elle semble errée dans sa vie et très vite on comprend qu'elle s'accrochera à tout ce qu'elle peut pour s'’en extraire. Elle en veut plus et plus fort mais elle ne sait comment. Les deux personnages ont de vrai qu'ils sont particulièrement insupportables et attachants à la fois. Alana développe un attachement assez insensé pour ce jeune de 15 ans grâce à la confiance qu'il dégage et l'assurance qu'il l'extirpera de cette petite vie banale, en tant qu'assistante de photographe scolaire.

Le comportement d'Alana est symptomatique de quelque chose de plus profond, elle ne semble pas réellement miser sur elle et s'agrippe aux différents hommes qui croisent son chemin. De Gary, à son collègue acteur, à son ancien camarade de classe travaillant pour le potentiel futur maire, à ce vieil acteur rencontré à une audition ou encore à Joel, qui se révélera être homosexuel. Position plus que délicate quand on est en politique. L'un après l'autre se révéleront tous décevants et failliront dans l'entreprise d'extirper Alana de sa condition. Le résultat sera inévitablement le même. A une époque où les hommes sont considérés, respectés et prit au sérieux car ils sont des hommes, les femmes, elles, sont relégués au rang de poupées décoratives. ll est donc particuliérement difficile pour des jeunes filles comme Alana de trouver sa place. Car comme de nombreuses femmes de son époque, elle est poussée par ce feu intérieur, ce désir, cette ambition et ce besoin viscéral d'émancipation. Mais enlisé dans une société qui n'a de cesse de lui répéter qu'elle n'a aucune chance si elle n'est pas rattachée à un homme. Elle se voit donc contrainte bon gré mal gré de retomber dans les mêmes schémas.

Dans cette scène de fin, l'ultime déception semble être le coup dur de trop. Alana s'abandonne finalement à la solution la moins désenchantée et la plus douce qui lui est offerte. Malgré des déceptions répétées et une relation plus que complexe et malsaine moralement. Elle se lance dans une nouvelle course effréné avec Garry et lui murmure d'une voix niaise "I ove you Gary". Plus que l'avoir choisi lui, c'est le fait qu'il finisse toujours par la choisir elle et lui être fidèle qui semble la conquérir. Mais surtout le futur, doigts entrelacés, vers lequel il l'emporte.

Loulsss
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le 30 mars 2026

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