Qui diable est ce réalisateur ? Un Sud-Africain dont aucun film n'est noté au-dessus de 4 et qui a réalisé les pires navets de Steven Seagal, période fin de carrière "direct to DVD" ! Il se voit pourtant attribuer des budgets conséquents pour faire des films comme celui-ci – qui fut même sélectionné à Cannes avant d'aller aussi direct au rayon DVD sans recevoir aucun marketing, et ne rapporter presque rien. Très étrange, car le film offre une énorme "production value" et pourtant aucun détail sur son coût de production n'est divulgué nulle part. Tout cela mène à penser que ces films entrent probablement dans un schéma de blanchiment d'argent et que ce Oblowitz fait partie d'un certaine tribue où l'argent n'est pas un problème.
Néanmoins, cette serie B est une remarquable pépite : Un néo-noir lubrique et complaisant qui fait montre d'une orfèvrerie cinématographique particuliere, et qui tient haut la barre aux plus grands films de reconstitution d'époque. C'est aussi l'une des meilleures adaptations cinématographiques d'un roman de Jim Thompson Détails ci-dessous.
Scénario : La narration à la première personne, procédé phare des années 40 et 50, fonctionne à merveille et fournit quelques lignes mémorables, mais malheureusement, la trame se résume à une simple balade libidineuse à l'intérieur d'un film noir. La relation incestueuse, bien que servant de cœur à l'histoire, est à peine suggérée. Et arrivé au climax du deuxième acte, au lieu de finalement faire éclater la tension sexuelle alimentée jusque-là, le film fait marche arrière et s'effondre complètement pour vous laisser avec un bel objet cinématographique mais sans intérêt dramatique. Néanmoins, j'ai été checker la nouvelle de Jim Thompson dont laquelle ce script est adapté, et l'inceste est encore moins présent dans le matériel d'origine qui, lui, est encore plus faible, donc en réalité ce script est une grande amélioration de cette nouvelle assez mauvaise.
Réalisation : ce réalisateur est très ostensiblement grand connaisseur des films noirs des années 40 et 50. Il a su recréer non seulement l'esthétique, mais aussi l'atmosphère de l'époque. Son directeur de la photographie a aussi réalisé un travail fantastique, conférant au film une atmosphère luxueuse et un "feel" incroyablement palpable des années 50. Le "camera-work", les décors, les accessoires, les costumes et la musique sont tous d'une grande richesse aux détails aussi inventifs que méticuleux, considérant qu'il s'agit d'une production direct-to-DVD.
Interprétation : Gina Gershon est excellente. Elle rend parfaitement son personnage de femme séduisante et obscène, tout en étant vulnérable et fragile. Je ne me souviens pas l'avoir vue dans un rôle plus adapté à ses talents.
Sheryl Lee, la deuxième femme, livre aussi une performance formidable dans un rôle de sex-addict effrontée. On n'entendra plus jamais parler d'elle, mais elle aura pris le devant de la scène, le temps d'un film.
Billy Zane est par contre le maillon faible car il est inadapté à ce rôle. Il ne parvient pas à saisir ce personnage à l'humour trop subtil pour son talent. Il aurait fallu un autre acteur, à mon avis, que celui-là qui ressemble ici à l'insipide Hugh Grant.
Pour conclure : Thompson écrivait des "trashy crime stories" vendues pour quelques dimes au côté de la pornographie, mais pour une raison étrange, il n'y eut que des réalisateurs intellos prétentieux pour adapter ses romans, et bien sûr leurs films n'ont jamais rien à voir avec l'univers de l'écrivain ! Je me rappelle même de Stephen Frears prétendant que son film très propre, The Grifters, est une tragédie grecque ! cette production est un A en termes de style et de reconstitution de l'époque, et le script est un C, mais est pour moi l'adaptation la plus réussie de l'univers de Jim Thompson.
Pour les nostalgiques des années 50, et surtout les fans de Jim Thompson, c'est un régal. Pour les autres, si vous aimez le "film noir" des années 50 mais servi avec le graveleux et la luxure décomplexée que permettaient les années 90, ce film est certainement à voir. Il vous faudra tout de même éteindre au climax du deuxième acte et imaginer votre propre final (ce qui, pour être honnête, est le cas de la majorité des films de toute façon).