Dans le cinéma d'Afrique subsaharienne, qui a du mal à exister faute de moyens, le nom de Mahamat-Saleh Haroun s'impose d'emblée, lui dont chacun des films a été sélectionné dans les grands festivals européens. Lingui, les liens sacrés, est clairement un film féministe dans un pays, le Tchad, où les influences de l'Islam et du patriarcat ne laissent guère leur chance aux femmes, surtout lorsqu'il est question d'avortement ou d'excision. Les deux héroïnes de Lingui sont une fille-mère et sa fille de 15 ans, enceinte, mais ce sont des combattantes qui vont tenter, via un réseau de solidarité féminin, de trouver des solutions à l'amère situation de la seconde. Point de misérabilisme dans le film, dont la mise en scène est plutôt douce, mais une volonté d'embrasser le réel, en dépit de quelques raccourcis peu évidents dans le récit. Les hommes n'ont pas la part belle dans Lingui et peuvent parfois apparaître comme des stéréotypes, y compris l'imam intrusif, mais il y a un côté fable dans la narration qui tend à l'espoir et à la promesse de jours meilleurs pour la gent féminine au Tchad et plus largement en Afrique. Peut-être un vœu pieux mais Lingui, très bien réalisé par ailleurs, a choisi son camp, celui de l'entraide, du courage et de la tolérance dans un contexte guère favorable pour l'émancipation des femmes. Que faire d'autre pour nous, spectateurs européens, avec nos clichés persistants sur l'Afrique, que de saluer ce cinéma engagé et menacé par tous les obscurantismes ?