Le grand et féérique - tourniquet aboulique

À la fin de l'année 1955, Lola Montès est un événement, dont le tournage a impliqué deux techniques exigeantes : Eastmancolor et CinémaScope. Martine Carol y interprète un personnage calqué sur Lola Montez, danseuse et courtisane au XIXe, intime du compositeur Franz Liszt et anoblie par le roi de Bavière. Max Ophuls (La ronde, Lettre d'une inconnue) finira sa carrière sur cet échec commercial assez remarquable, le film étant carrément retiré de l'affiche pour être présenté sous des moutures différentes. Lola Montès va cependant interpeller de nombreux cinéastes (comme Truffaut) et critiques ou professionnels. Une version restaurée, soutenue par la Cinémathèque française, est présentée en 2008 à Cannes. Lola Montès y apparaît radieuse et conforme de nouveau aux aspirations de son directeur.


Conceptuellement, Lola Montès pose des constats forts. Quand son héroïne chute, c'est aussi les splendeurs d'une culture réduites à l'état de mascottes passives dans le show à l'ordre du jour. De façon à peine plus abstraite, le business dévore les institutions, les Etats-Unis jouent avec les reliques du Vieux Continent pour se divertir et doper leurs rêves. L'aristocratie au sens large a été balayée par une révolution, populaire dans la mesure où le peuple peut faire usage de ce que le commerce manipule sans égards ni principes. Lola Montès est l'histoire d'une agonie et s'il était plus dense il serait probablement violent. Car en l'état, le contenu est désarticulé et qu'il soit ouvertement dépressif l'irrigue certainement, le nourrit assez peu. Les sentiments de Lola sont aussi contrarié par les aléas de l'Histoire qu'étouffés par une mécanique obèse et somptueuse : Lola Montès c'est l'aboulie magnifique, fluide et déshumanisante en théorie comme en pratique.


Avec ou sans remaniement, Lola Montès demeure relativement vacant, hors et justement en vertu de ses brillantes applications théoriques : illustrations d'une femme démultipliée et dissociée, lessivée mais en mouvement. La narration est audacieuse pour l'époque, quoique cette architecture complexe encadre des histoires palotes. Lola Montès est riche dans ses manières, elle forge avec elle des démonstrations prodigieuses. Trouvant un écho dans la vie de l'actrice principale, les péripéties sont cruelles et parfois sulfureuses ; scandaleuses à leur façon, tout comme cette déchéance est un scandale et l'accompagner ainsi est terrible. Lola Montès outrepasse la bienséance en allant dans la tragédie sans rémission ni moindre zone d'espoir. L'orgie chromatique soutient une cérémonie creuse et éclatante, avec sa part de puissance et son cortège d'images fortes. Lola Montès, c'est le luxe sans l'épaisseur ; se réfléchissant au travers d'une âme, malade, accablée. Une héroïne ressassant pour un public avide et brutal des souvenirs ; son état de délabrement avancé trouve dans une écriture apathique une complicité malvenue.


https://zogarok.wordpress.com/2015/11/04/lola-montes/

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le 4 août 2015

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Zogarok

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