Le film part très fort. Il prend son temps dans cette banque, autour de ces employés, pour mieux nous frapper avec cet élément déclencheur. Les questions nous taraudent alors (Était-ce prémédité ? Va-t-il parvenir à échapper à la police ? Va-t-il prendre le train pour le fin fond de la pampa ou pour le Paraguay ? Va-t-il risquer de prendre un avion ? Quelles bonnes et mauvaises décisions va-t-il prendre ?) et j’eus hâte de voir la suite, convaincue que si le film dure 3h le réal a le temps de parler de ce qu’il veut.
Il confie les deux tiers de la somme à son collègue de bureau. Encore plus de questions, mais cette fois-ci plus d’ordre pratique (Pourquoi une telle confiance (à la fois en la loyauté et la débrouillardise de Roman) ? Quand il sortira de prison, il sera un minimum surveillé, et la police se doutera bien qu’il a pu cacher une partie du magot — comment blanchir cette somme ? Quel intérêt de se rendre à la police ? Trois ans et demi en prison, c’est quand même raide, non?). On s’étonne, mais on se dit bien qu’on va avoir des réponses.
Roman galère. Il ne sait pas où planquer l’argent, il a peur, il fait des erreurs… Je ne vais pas lui donner de leçons alors que ma tension double quand je fraude dans le métro. J’ai donc bien aimé cette partie.
Viennent ensuite les histoires d’amour. Elles m’ont profondément ennuyée. Tout ce que j’en tire, c’est cette phrase de rupture adressée à Roman « Tu es un pauvre type et ton ami est dément. », et cette analepse où on voit Moran et Norma vivrent d’amour et d’eau fraîche… qui ne répondent à aucune des questions sus-dites ! En particulier, pourquoi part-il se livrer à la police en abandonnant Norma sans même connaître son adresse.
Quant au séjour en prison, c’est pas le sujet du film. Je m’étonne juste que Moran sous-estime autant le prix de trois ans et demi là-bas, mais aussi de la pertinence de donner trois briques au parrain de la mafia interne quand il te le demande (car rien ne l’empêchera alors de te racketter davantage). Je m’aperçois en écrivant ces lignes que le film met en parallèle la prison (le parrain qui va faire de ta vie un enfer si tu ne paye pas) et la vie de bureau (tes supérieurs feront de ta vie un enfer car ils te soupçonnent de complicité avec Moran).
La fin est un carambolage : Roman démissionne et sa femme l’aime à nouveau, Moran a remis le parrain de la mafia dans le droit chemin par la poésie rédemptrice, les deux vont se retrouver et… c’est fini. J’ai eu l’impression de relire le treizième tome des orphelins Beaudelaire tellement toutes mes questions sont sans réponse.
J’en retiens que la vie au grand air, c’est cool. Bon. C’était pas la peine de faire un film de 3h juste pour ça.