Los Tortuga est une histoire d'exil, de famille et de tristesse. Un homme est mort, laissant son épouse, d'origine chilienne, et sa fille aux prises avec un deuil qu'elles vivent de très différentes façons. Le film de Belén Funes s'inscrit dans une veine naturaliste, opposant la vie rurale, en Andalousie, au milieu des oliviers, à celle de la ville, Barcelone, où existe cependant une certaine solidarité, en l'occurrence entre chauffeurs de taxi. Mais les deux héroïnes du long métrage ont aussi à affronter les vicissitudes du quotidien, dans une existence qui pourrait verser dans une certaine forme de précarité. Los Tortuga joue sur les non-dits, les silences et les regards, dans la difficulté d'une relation mère-fille mise en danger par leur nouvelle situation. Les enjeux sont là, mais la cinéaste prend son temps pour nous faire comprendre le cheminement des sentiments et les rapports des deux femmes avec leur environnement. La mise en scène reste sage, trop peut-être, mais c'est l'intimité blessée qui prime et l'espoir en un avenir autre, qui passe par une évolution et le courage de ne pas sombrer. Ou comment survivre debout en laissant les plaies à vif devenir des cicatrices avec lesquelles il faudra bien se résoudre à grandir.