Je n'avais gardé de mon premier visionnage de Lost in Translation qu'une vague impression, fugace. Pas même la fin ne me restait en mémoire. Juste quelques images, sensations, émotions, floues mais positives.
Je m'étais cependant promis de le revoir après une escapade nippone. C'est à présent chose faite. Et s'il y a bien une chose que Sofia Coppola parvient à réaliser avec son film, c'est à montrer l'étrangeté de Tokyo par le prisme d'un regard occidental. Aussi fascinante que dérangeante, la capitale japonaise est un personnage à part entière, marionnettiste de béton et néons qui manipule deux êtres déboussolés. En son sein, dans leur couple, dans leur vie.
Sofia Coppola réalise avec une grande délicatesse. La photographie est parfaite, absorbant des lumières urbaines qui voilent l'image d'un ton indéfinissable, la caméra repose sur une épaule molasse, installant le spectateur dans une douce torpeur. Et bien entendu, la BO accompagne parfaitement le tout.
Là où Sofia Coppola pêche un brin, mais comment lui en vouloir tant son scénario transpire la naïveté, c'est dans le rythme des circonvolutions de nos deux personnages qui part dans de brusques embardées (comprenez des facilités vues et revues) brisant un brin l'immersion. Elle peut heureusement s'appuyer sur tout le talent d'un Bill Murray - faussement passif, jouant à l'économie pour mieux décocher un grand sourire final désarmant - ainsi que celui d'une Scarlett Johansson - encore toute jeune et rafraîchissante, loin de son aura de "femme fatale" actuelle - pour faire passer la pilule.
Lost in Translation est un très joli film. Je n'irai pas le parer du terme de "chef d'oeuvre" comme beaucoup ici, mais il est indubitablement habité d'une sincérité touchante qui rend cette odyssée introspective très agréable à suivre.
Note de bas de critique : Je ne l'ai lu nul part ici donc je vais peut être forcer le trait mais la première demi-heure est DRÔLE bon sang. Bill, tourne des pubs de whisky plus souvent.