Ryan Gosling n’est jamais là où on l’attend. Personne n’aurait pu prévoir qu’en un film, il quitterait sa combinaison de minet pour devenir le nouveau Steve McQueen. Ni qu’il passerait aussi vite du côté de la réalisation, et qui plus est en signant un film d’auteur (à savoir écrit par lui-même et seulement lui-même).
Et ce faisant, il décide de s’aventurer du côté de la fable sociale surréaliste, en créant un univers un peu fourre tout. Un parti pris dangereux, qui aurait pu facilement tomber dans le ridicule et le «m’as-tu vu». Mais heureusement, le film s’avère constamment nourri de trouvailles et de moments de grâce.
On notera une scène, aussi perturbante que tétanisante, dans laquelle Ben Mendelsohn se livre à un numéro de break dance devant une Christina Hendricks prisonnière d’un sarcophage en plexiglas.
« Detroit will Rise Again » disait l’année dernière Tilda Swinton dans Only Lovers Left Alive de Jim Jarmush. Aucun mystère que Gosling ait choisi Détroit comme décor. De part sa place dans l’histoire américaine, elle se prête plus que toute autre au sujet de la ville fantôme.
Lost River est un film traversé de fantômes, et nous renvoie à Luis Bunuel, Gummo d’ Hormony Korine, et aussi mais surtout à David Lynch.
Ajoutons qu’on ne ventera jamais assez le talent de Benoit Débie, qui démontre une fois de plus qu’il sait manier les couleurs comme personne aujourd’hui, et littéralement éblouir les spectateurs.