Pékin, 1964, un expert-comptable à la culture moyenne, marié et promu vice-consul à l’ambassade de France, tombe amoureux d’une cantatrice chinoise le soir de Mme Butterfly. Délicatesse, intensité et profondeur habillent dès lors une excitante et merveilleuse histoire d’amour qui suffirait au film à nous enchanter par son inaccessible beauté, son charme délicat et le raffinement extraordinaire de la pudeur culturelle chinoise, un peu trop pudique même… Ce n’est qu’en France 4 ans plus tard que notre amant réalisera que les personnages féminins du théâtre chinois d’antan sont des hommes. Et qu’ils sont parfois juste motivés par l’espionnage communiste d’Etat.
Au-delà des actes montrés à l’écran, et du spoil éventuel, l’essentiel de ce film, aux intemporels enjeux et poésies, se ressent avant tout. Son intérêt est clairement dans les sentiments puissants qu’il suscite, bien plus que dans ses images. Dans l’indicible et la fascination d’une romance onirique, dans les bouleversantes déductions et conséquences des non-dits, et surtout par l’effroyable douleur et le hurlement silencieux d’une réalité tant amoureuse qu’intime.
Décidément excellent et hétéroclite, David Cronenberg nous offre un bijou à la fois magnifique et choquant, inspiré de l’authentique histoire de Bernard Boursicot et de l’affaire d’espionnage dite M. Butterfly, incarné par d’éblouissants Jeremy Irons et John Lone. Mais il en fait surtout une excellente romance dramatico-psychologique, renversante par son au-delà de l’amour et de son intolérable trahison, par l’insupportable mystification de ses sens et de l’amour parfait, quand il s’avère n’être que le rêve que l’on s’en fait.