Vu dans d'affreuses conditions : sur un ordi, dans une qualité misérable. Mais ça ne m'a pas empêché d'en voir la splendeur. M. Butterfly est peut-être le film le plus méconnu de Cronenberg, mais pourtant, qu'est-ce que c'est beau ! En même temps, on pouvait s'en douter, le type a fait Crash après, il est au sommet de son art. Après le relatif échec du Festin nu, il revient à un projet moins fou mais tout aussi troublant, il est dans son élément, il ne peut pas se rater. Ca m'a un peu fait penser à Brisseau : pas d'esbroufe, une modestie sidérante (alors que Cronenberg n'est quand même pas un inconnu), mais une quasi-perfection classique. On peut réellement se demander pourquoi un tel film (comme L'Ange noir) sont complètement oubliés aujourd'hui (pas de raison de "difficulté d'accès" pourtant, ce sont parmi les films les plus "efficaces" que j'aie jamais vus). Peut-être qu'on les reverra un jour, espérons. M. Butterfly, c'est un mélo, juste ça. C'est une histoire d'amour et un duel. L'Occident face à l'Orient. Un érotisme fou. Une ambiance moite qui sublime le trouble. La révolution culturelle et mai 1968 (on voit Paris !). Je pourrais dire que le finale est magnifique mais n'est-ce pas le cas de tout le reste ? Jeremy Irons est un géant. John Lone d'un magnétisme démentiel. Peu de cinéastes tirent tant de choses de leurs acteurs. Si on devait le rapprocher d'un autre film de Cronenberg, ce serait Les Promesses de l'ombre - autre film très sous-estimé - où un personnage se donne l'air de ce qu'il n'est pas (et là encore un érotisme masculin incroyable). Cronenberg lui, il se donne l'air de rien. Il fait son job, et c'est magnifique.