Bloqué dans de très nombreux pays pour des problèmes de droits et des critiques souvent assassines aux États-Unis, le nouveau film de Xavier Dolan débarque en France, où un distributeur indépendant lui a permis d'être présent dans pas moins de 300 salles. Résultat : les français ont-ils pu assister à un chef-d'œuvre incompris outre-Atlantique ? Sincèrement, je ne crois pas. En fait, « Ma vie avec John F. Donovan » est typiquement « dolanienne ». Même qualités, même défauts : en Amérique, l'homme ne change pas, sans que je sache si c'est une bonne nouvelle. Seulement, ici les défauts semblent accentués, la production chaotique de l'entreprise n'y étant sans doute pas pour rien : je veux bien que Dolan explique qu'il a supprimé Jessica Chastain du montage final par des choix artistiques, sauf que lorsqu'on voit le résultat, on est en droit d'avoir de sérieux doutes.
Les dialogues sont parfois vraiment problématiques, la narration prenant l'eau à plusieurs reprises, mettant à mal la structure (ambitieuse) de l'œuvre. Il y a un manque de fluidité flagrant, quelques scènes frôlant même le grotesque tant elles sont forcées dans leur démonstration
(celle du dîner familial en premier lieu : comment celui-ci pouvait-il finir autrement au vu d'une volonté aussi manifeste de foutre la merde de part et d'autre?),
le rôle de l' « icône déchue » ne provoquant pas le trouble nécessaire, Kit Harington l'interprétant honnêtement mais sans ferveur. Enfin, je ne reviendrais pas sur l'utilisation de la musique, omniprésente de lourdeur.
Maintenant, s'il y a donc des choses que je n'aime pas chez Xavier Dolan, il y en a d'autres que j'apprécie toujours autant. D'abord, il n'est pas tiède. Il fait son métier avec passion, intensité, voire fébrilité. On sent vraiment chez ce garçon une envie de raconter des histoires, d'offrir des personnages complexes, avec leur part d'ombre tout en gardant, du moins ici, une vraie dimension humaniste. Comme toujours, il réussit particulièrement certaines séquences :
l'échange final entre Harington et Kathy Bates, je l'ai notamment trouvé très juste. La réconciliation entre mère et fils sous forme de « course-poursuite », surtout avec l'élégante reprise de « Stand By Me » en fond sonore, aussi,
la première étant d'assez loin la protagoniste la plus intéressante du récit, surtout qu'elle est interprétée par une merveilleuse Natalie Portman, dont la sensibilité transparaît à chaque apparition. Avec tout ça, pas évident de tirer des conclusions, à l'image de cette bande-originale toujours aussi « aléatoire » tout en proposant d'excellents morceaux
(ici Adele et The Verve, notamment).
Cette volonté de voir les choses en grand pour son histoire séduit également. Encore aurait-il fallu que cette énergie soit mise au service d'une rigueur narrative autrement plus grande (le jeune québécois a t-il eu le « Final Cut ? ») et de figures plus attachantes pour que « Ma vie avec John F. Donovan » provoque l'émotion recherchée. Non, décidément : après ce film, je ne sais toujours pas quoi penser du cinéma de Xavier Dolan. Suite au prochain épisode...