8
le 27 nov. 2014
SuivreTempête sous une tête couronnée.
En bisbille avec Hollywood, l'acteur / cinéaste Orson Welles décide de partir tourner son adaptation du "Macbeth" de William Shakespeare dans son coin, pour le compte de Republic Pictures...
Il y a bien sûr une certaine sensualité, très particulière et pas toujours linéaire,qui fait surface à la découverte d’un « film maudit ». La tentation de la marginalité, tout d’abord, couplée au sentiment assez contradictoire de voir un monde s’effondrer, d’observer une certaine forme d’apocalypse artistique – et d’apercevoir enfin, au milieu des décombres, apparaître une lueur cinématographique. Une lueur d’avant-garde quand elle n’était pas tout simplement complètement hors de son époque. Macbeth d’Orson Welles, pour la raison simple et foncièrement injuste qu’il s’agissait d’une réappropriation totale (et donc hérétique) de l’œuvre de Shakespeare, répond assez adéquatement à la définition de « film maudit » – il est aussi, et c’est tout à son honneur, un drôle d’objet, foutraque et virtuose, sorte d’obélisque monumental qui semble être sorti des flammes d’un autre temps, des enfers ardents d’un monde lointain.
Parler de réappropriation reste néanmoins une affirmation à nuancer : Welles, en grand amateur de théâtre, vouait une admiration presque religieuse à Shakespeare – qu’il jugeait d’ailleurs, paradoxalement, inadaptable au cinéma. C’est cette même réflexion qui le mena à complètement repenser l’adaptation théâtrale, et dans le même temps à s’assujettir complètement à des moyens (plus qu’à des règles) inséparables de l’art scénique. Shakespeare selon Welles, ce sont des flaques de boue, des panaches de fumée laissant entrevoir des forteresses ténébreuses, des couronnes faites de bois ancestraux, une langue à peine compréhensible, de colossaux bâtiments découpant un ciel noir balayé par une tempête éternelle. Le Shakespeare de Welles, il le tire de l’âge de pierre, il le forge comme une sombre épopée de récits immémoriaux, comme gravé dans un marbre noir, obscur, possédé.
Une architecture quasiment vaudou qui tranche radicalement avec tout classicisme. Du théâtre, Welles garde cependant ce geste visuel d’une image continue, synonyme d’un temps réel dans lequel l’action n’est pas interrompue : non seulement il conserve ainsi la verve tragique du récit, mais il lui confère surtout une vélocité épique, martiale, lyrique. Le chaos païen prend alors des airs de conte biblique : mais il ne faut pas se laisser leurrer, ici point de divinités, seulement la virulence des Hommes, sans manichéisme ni héroïsme, dont la seule croyance préhistorique semble être ce feu de la toute-puissance, seul à amener la mort, seul à les tromper et les rendre fous.
Macbeth donne l’impression d’une métaphysique cryptique – comme si, malgré les mots, malgré les actes, la bien célèbre saga nous apparaissait comme étrangement inconnue, rongée par le mirage enfoui d’un monde souterrain, oublié de l’Histoire. Plus simplement, Macbeth pourrait être une grande épopée primitive – sans illumination, sans valeur, un règne de sang, de fureur, de vengeance. Si elle n’apporte rien d’autre au récit shakespearien qu’une intéressante variation sur les motivations de ses personnages principaux, l’expérience est, elle, totale : fausse-étape clé dans l’Histoire du septième art, Macbeth est un authentique chef d’œuvre abandonné, une pierre angulaire d’un imaginaire hostile qui, sans avoir su inspirer ses pairs, pourra se targuer d’aller hanter longtemps nos rêves et nos cauchemars les plus noirs.
Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Films (re)vus en 2020 et Les films les plus sous-estimés
Créée
le 8 avr. 2020
Critique lue 179 fois
8
le 27 nov. 2014
SuivreEn bisbille avec Hollywood, l'acteur / cinéaste Orson Welles décide de partir tourner son adaptation du "Macbeth" de William Shakespeare dans son coin, pour le compte de Republic Pictures...
9
le 3 oct. 2014
SuivreQuand trois sorcières lui annoncent qu'il sera un jour roi d’Écosse mais sans héritier et qu'en revanche son compagnon de fortunes, et rapidement d'infortunes, Banquo enfantera une lignée de sang...
8
le 7 déc. 2015
Suivre[Portraits croisés, d'où une critique dupliquée chez Kurosawa pour ces doux parfums japonais : lien.] Des contrées reculées de l'Écosse aux châteaux ténébreux du Japon, du mal qui ronge à l'erreur...
10
le 5 sept. 2015
SuivreUSA Network n’a pas vraiment le pedigree d’une HBO ou d’une Showtime. Avec son audience vieillissante et ses séries sans prises de têtes, on peut dire que Mr. Robot ressemble à une anomalie dans la...
3
le 22 avr. 2015
SuivreLe nouveau film MCU biannuel est donc le très attendu Avengers 2 – et encore, c’est un euphémisme. Après un premier volet (ou était-ce le sixième ?) globalement maîtrisé dans le style Marvel Disney,...
4
le 16 juil. 2016
SuivreDès sa longue introduction et son générique, Stranger Things donne le ton : on connaît cette musique, ces geeks à vélo et cette incursion du surnaturel dans le quotidien d’une campagne américaine. La...
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème