RR poursuit son délire autour de Machette, avec pour ligne de conduite : pousser toutes les recettes du "genre" à leur paroxysme. Et cette règle ne concerne pas que la violence - extrême, quoique "déréalisée" par le second degré, mais qui peut toutefois être perturbante. Le scénario lui-même est un festival de parodies, un jeu de distorsion et saturation extrême (comme on le dirait d'un son de guitare) de tous les codes qu'il manipule. Mais la démesure à laquelle tout cela le conduit me paraît finalement assez vaine. RR avait su éviter cet écueil dans Planet Terror, un peu moins dans le 1er Machette, encore qu'il avait encore à proposer une atmosphère tex-mex plutôt réjouissante. Ici, pour ne pas s'épuiser dans la redite, son seul recours est la surenchère... et c'est un peu lassant ! A ce titre, on pourrait presque parler d'un film expérimental, d'une grosse boutade consistant à chauffer à blanc des procédés déjà éculés afin de trouver malgré tout une forme de "nouveauté". Ce n'est donc pas un film anodin dans la filmographie de RR, me semble-t-il, car il pose d'une certaine manière ses limites, l'ultime délire au-delà duquel même le fun n'est plus fun. Je comparerais donc paradoxalement ce film à une oeuvre conceptuelle, quoiqu'il paraisse uniquement axé sur le plaisir primaire du spectateur de série B ; il me fait éprouver le même type d'ennui que face à du mauvais pop art ; en jetant sa tambouille sur la toile avec pour seule consigne de dosage : le surdosage, RR perd mon intérêt de spectateur. Après, comme il n'a jamais prétendu au chef-d'oeuvre, on ne lui tiendra pas rigueur de cette galéjade, qui est tout de même en cohérence avec une production abondante et tout à fait respectable.