Mad God. Dieu Fou.
Faut-il être et demeurer fou pour laisser la désolation, la pestilence, la folie elle-même gangréner un monde malade, un enfer perpétuel, un gouffre sans fin.
Les choses sont ce qu’elles sont, le monde, ce qu’il est, les êtres qui le peuplent tels qu’ils survivent.
Après tout, la faim justifie les moyens.
Mad God, Mad God.
Comme un credo, une litanie qui revient.
J’avais prévu pour ma succession, j’ai finalement opté pour un codicille.
Le monde est répugnant, froid, dur comme un cadavre, celui des mondes dont les vestiges servent de décor à une loi primale, celle du plus fort, celle de vie ou de mort.
Tout n’est, en définitive, que vie ou mort.
Mad God, Mad God
Le cycle est éternel.
C’est essentiel, c’est petit et grand à la fois.
A quoi sert de le répéter puisque aucune déité, aucun être supérieur, ne viendra sauver ce monde ? Les gestes répétitifs de créatures créées de toutes pièces dont la finalité unique est de périr, après tout, elles ont été façonnées dans ce but.La (re)naissance d’un bébé dont le sort repose entre les mains d’une mort flottante. La vie n’a d’autre finalité que la mort.
Et la mort, une délivrance. Délivrance d’avoir sa place et d’être utile en ce monde ?
Quitter ce monde infâme, impossible et mort.
Au début, je n’avais rien.
A la fin, je n’ai rien, je ne suis rien.
En définitive, je n’ai rien perdu et le monde non plus.
Il continue son agonie sans moi comme il l’a commencé sans moi.
Mad God, le film, c’est poisseux, inhospitalier, fascinant et éprouvant. Une plongée dans le vide sans scaphandre ni papillon.
Si le rêve a été, à ses débuts, un procédé narratif récurrent des films en stop motion, les cauchemars de Tippett sont autant d’hommages à cet art de l'émerveillement. Cet art de la fascination du réel revisité, réinventé, recréé.
Merci Phil Tippett de livrer ton âme sur un plateau en plomb.
Merci Carlotta de rendre possible le visionnage de ce film en salle.
Merci le cinéma. Merci le cinéma stop motion.
En proie au chaos, à l’absurde, à l’infini. En proie au vide, à l’oubli, à la création. J’étais et je serai, je suis à la merci.