« In other words: Drill, baby, drill! And drill now! »
Michael Stephen Steele
Contexte. Vu ce film 2 fois. Dont une récente. Je voulais juste vérifier une ou deux scènes, et j’ai fini par me le refaire. J’écris ces lignes à la suite de ce visionnage. En vrac, comme d’habitude.
C'est un film programmé et financé tel qu’il puisse devenir une machine à billets et un succès public, mais qui est aussi de qualité. C'est assez rare dans le cinéma de producteurs du 21e siècle pour être remarqué. Il y a enfin ce pour quoi on aime Hollywood : de la vitesse, de l’huile de moteur, du clinquant, des décors démesurés, une violence graphique et débridée, et finalement un manque total de retenue en toute chose. Il devrait exister un Oscar « bilan carbone ». Je lui aurais attribué sans conteste celui de 2015.
Formellement, c’est La Chevauchée Fantastique (Stagecoach) boostée au gros V8. Du bon vieux western bien fichu, rempli de plans perceptions, avec des pépites de rebondissements, le tout porté par la musique du fracas des moteurs.
On notera le retour de l’archétype du Old Timer : vieux bourru, tromblon à portée de main, mais sympathique, qu’on a dans tous les westerns, ici transformé en vieille bourrue, tromblon à portée de main, mais sympathique.
Finalement, rien de bien neuf sous le soleil de l’apocalypse. Mais c’est assez virtuose pour qu’on s’y laisse prendre.
N’ayant pas vraiment d’histoire collective — comme les USA —, on filme la géographie, le désert à perte de vue et le ciel écrasant. Heureusement, car cela noie dans le sable « l’acting » (n.m. syn. cabotinage) typique de ces grosses prod qui tournent autour d'égos d’acteurs surdimensionnés.
C’est aussi le film WASP par excellence. Les Sabines enlevées par Rome (cf. la cuirasse kitsch de général romain d’Immortan Joe) vont s’enfuir pour le pays du miel et du lait, tel les pères fondateurs, mais la terre promise étant impropre à l’établissement d’une colonie — qui ne serait que démocratie, féminisme, blancheur et pureté écologique, bien sûr —, elles reviennent, guidées par Furiosa : une machine de guerre nomade, seule à même de diriger la communauté qu’elles vont reprendre à Immortan Joe. Et c'est le tour de force du film. On assume. On va revenir mettre un terme à cette vieille Rome décadente, qui n’arrive plus à se reproduire, et qui fait des bébés dégénérés.
Vous noterez aussi que, pour les états-uniens, les balles sont une ressource naturelle et fondamentale. Je pose ça là. Vous en faites ce que vous voulez.
On imagine plus facilement la fin du monde que la fin du capitalisme et Mad Max FR n’y fait pas exception. Et je doute que le règne de Furiosa soit vraiment un havre démocratique d’amour et de paix. La saynète finale n’y change rien.
Ce film annonce bien le retour de l'accaparement primitif et brutal des ressources, de l’eugénisme et de la loi du plus fort, qui nous est servi à satiété par l’internationale fasciste en ce moment. Mais je fus bien diverti. Par 2 fois.