Ardent est le désir de porter Maestro à bout de bras pour défendre le cinéma d’auteur et plus généralement une culture pas toujours accessible dont la richesse se doit d’être préservée. Un leitmotiv’ à saluer d’autant plus qu'il est traité ici sans complexe, à la manière d'un feel good movie à la française, initiateur d'une bonne humeur permanente, qui permet à Lea Fazer de démystifier un univers reprochant à l’inculte de ne pas s’intéresser à lui alors qu’il ne fait lui-même pas toujours l’effort de se mettre à sa portée.


C’est certainement son ouverture d’esprit qui fait toute la réussite de Maestro, ainsi que cette absence totale de prise de position moralisatrice qui transparaît de ce portrait amusant dont la lame critique est à double tranchant. Les jeunes oies se battent dans le poulailler pour savoir quel point de vue est le plus à défendre alors que leur berger, celui qu’on pense le plus enfermé dans son univers, se révèle être le plus ouvert au monde. Ce metteur en scène rêveur, attaché au verbe et à cette poésie dont il se nourrit en permanence, qui trouve en Michael Lonsdale un interprète de choix très touchant, est le trait d’union entre deux univers qui se jugent sans se connaître.


Si le film de Lea Fazer n’échappe pas à quelques clichés un peu faciles, dont le choc des cultures très forcé est le plus cavalier, ils sont d’autant plus faciles à accepter qu’ils contribuent à l’installation d’une dimension comique plus que bienvenue. Une orientation qui permet en effet à un sujet casse-figure de se faire place dans les esprits en usant de la meilleure arme qui permet de tuer un débat : le rire. En lieu et place d’une démonstration trop sérieuse, Lea Fazer choisit en effet de compter sur des comédiens à la bonne humeur communicative, Pio Marmaï et Nicolas Bridet, les deux potes légèrement maladroits en tête de liste, pour véhiculer son message engagé, mais pas trop.


Une jolie surprise qui rappelle avec douceur qu’il est possible de parler culture et poésie sans être pompeux, ni sectaire, en tordant le cou, par l’humour, à un certain nombre d’idées reçues souvent prêtées à l’Art avecungranta.

oso
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le 16 déc. 2014

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