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le 1 janv. 2026
SuivreMâle de mer
Un monolithe âpre, s'étalant sur près de 3h, sans aucune concession... Pas de doute, Lav Diaz est de retour en salles.Le cinéaste philippin livre une nouvelle fois un objet de cinéma brut, sous la...
Une purge, voilà comment on peut résumer en un seul mot cet objet filmique. Je n’avais pas ressenti une telle répulsion et l’envi de quitter la salle dès les premières minutes depuis le film « Une vie » de Stéphane Brizé. Absolument rien ne va, et le peu qui pourrait être acceptable ne fait que rendre le film encore plus insupportable.
En un premier temps il faut parler du fond avant la forme car c’est quand on comprend l’étendu du naufrage sur cet aspect que la forme en devient encore plus risible. En un premier temps il y a une interrogation : pourquoi le réalisateur Diaz a voulu raconter l’histoire de Magellan ? Non mais vraiment pourquoi ? Tout au long du film cette question finis par nous tarauder tellement l’incompréhension en devient malsaine. Quand on évoque Magellan que vient-il en premier à l’esprit ? Une odyssée du navigateur dont l’équipage a réussi le premier tour du monde. Certes Magellan est mort au cours du voyage et cette circumnavigation n’était pas son objectif. En réalité, outre cet exploit Magellan est en réalité assez peu connu du grand public et peu de films ou séries parlent de son histoire. Le réalisateur étant philippin, Magellan a une stature bien plus connue et moins héroïque qu’en Europe. Le postulat d’adopter le point de vue philippin de la fin du périple était en soin une bonne idée, en tout cas sur le papier. Un premier constat s’impose, Diaz veut déconstruire Magellan, soit, mais la déconstruction a de sens que si une légende a déjà été construite préalablement. Le problème est que le film n’explique rien, si vous ne connaissez pas déjà l’Histoire vous serait simplement perdu par un enchainement de tableaux anecdotique où tous les passages clés sont engloutis dans des ellipses abyssales. Je parle de tableaux car le film n’est que succession décousue de séquences en plan presque fixe où il ne se passe rien ou pas grand-chose. Les raisons et les motivations de Magellan le poussant à commencer son périple, sa trahison envers le Portugal, la traversée dangereuse du détroit qui porte son nom, tout cela et le reste sont purement et simplement évacué. Un film qui se serait destiné que à une poignée d’initiés connaissant bien le périple et les raisons du voyage de Magellan aurait été un parti pris très discutable mais encore un peu légitime, mais pour tout connaisseur les choix du film sont tout simplement consternant. A quoi bon suivre ces tableaux figés du voyage de Magellan, déjà commencer à son arriver dans le Pacifique aurait été un meilleur choix si le propos était de traiter la partie philippine du voyage. Une fois que l’on a compris que Diaz veut juste montrer un Magellan pitoyable à la tête d’un équipage cruel et monstrueux, le film devient incroyablement risible et répétitif à travers ces tableaux creux. Si au moins la partie aux Philippines avait été réussi, mais c’est là que c’est le plus consternant. De la part d’un réalisateur d’un autre pays j’aurai pu au moins comprendre à défaut de pardonner, mais je ne peux pas comprendre comment un réalisateur philippin peut dépeindre de manière aussi caricaturale et rétrogrades les peuples du Pacifique. Certains de ces peuples qui étaient des sociétés parfois très raffinés et développés, au point de faire passer l’équipage dépenaillé de Magellan pour des va nu pied, sont ici montré comment des arriérés. Certaines scènes de rituels sont surjoués de manière tellement ridicule que l’on dirait des caricatures de représentation d’art contemporain. Je dois avouer avoir failli rire lors d’une séquence où une prêtresse pousse des cris plaintifs en se contorsionnant devant une assemblée composée d’enfants et d’adultes visiblement blasé, belle allégorie du public de la salle devant ce « film ». Finalement le seul véritable propos du film est de dépeindre Lapu-Lapu, figure légendaire ayant tué Magellan ayant été ensuite instrumentalisé par le nationalisme philippin, comme une fable inventée par les autochtones pour éloigner Magellan devenu indésirable avant de finalement le tuer. Avec Magellan il y avait un sujet en or pour parler de nombreux sujets et thèmes : une odyssée interminable et incertaine d’hommes ayant accompli un véritable exploit, le colonialisme et le prosélytisme des européens dans leur conquête motivée par l’appât du gain, etc. Diaz en à tiré un récit de presque trois heures se concentrant sur les passages les plus insignifiants et pour ne raconter en boucle ad nauseam deux uniques thématiques : la déconstruction de Magellan et le mythe de Lapu-Lapu. Ne traiter que de cela sans avoir pris la peine de construire réellement l’histoire de Magellan et des Philippins rend cette déconstruction totalement vaine. Cette adaptation de l’Histoire est doublement honteuse : le film est poseur et gâche l’immense potentiel du récit sur Magellan. Pour expliquer en partie ma haine viscéral pour le film « Une vie » de Brizé, était que son adaptation du roman de Maupassant passait totalement à coté de tout le propos critique de l’auteur qui rendait l’histoire intéressante malgré son aspect très austère et peu passionnante. Ici la situation est bien pire car il y avait de quoi faire d’incroyables et différents films sur Magellan en explorant de nombreuses pistes possibles.
Pour ce qui est de la forme, je ne retiendrai comme unique point positif que Diaz sait faire de beau cadrage. Cela s’arrête uniquement à cela. Comme dit précédemment le film est une simple succession de tableaux ou scénettes en plan fixes où il ne se passe rien. Ce procédé accentue encore plus le coté poseur du film et desserre totalement le propos du film. Un rythme lancinant peu très bien retranscrire l’attente et la longueur d’un voyage interminable devenant de plus en plus insoutenable. Ici le coté décousue ruine totalement cet effet. N’est pas « La jetée » qui veut pour ce qui est de gérer correctement un film se rapprochant de la vidéo projection de photos. Oser faire la comparaison avec Aguire de Herzog (que j’avais beaucoup aimé) serait encore plus accentuer l’échec artistique qu’est le Magellan de Diaz. J’ai pu être charmé par des propositions très contemplatives tel que Stalker de Tarkovski, où pourtant la frontière entre atmosphère prenante teinté de philosophie fleurte parfois avec le foutage de gueule. Ici tout est creux, vide, pénible et vain. Encore une fois le parallèle avec le film « Une vie » s’est imposé à moi, le même format d’image presque carré sans justification, des jeux d’acteur totalement artificiel, une mise en scène qui est la caricature de ce que l’on peut attendre d’un film « d’auteureeee » prenant la pose sans le moindre réel talent pour magnifier quoi que ce soit. Les scènes de rituel en particulier me sont vraiment resté en travers de la gorge pour leur aspect de spectacle d’art contemporain en roue libre. Diaz ferait un bon photographe, mais il est un réalisateur qui semble totalement passer à côté de ce qui fait l’art cinématographique. J’aime le cinéma contemplatif, mais là le film pourrait se résumer à un storyboard sur lequel on resterait fixé sur chaque case pendant 10 minutes, ce coup d’esbrouffe a peut-être réussi à hypnotiser ou impressionner quelques-uns, mais il ne s’agit pas de cinéma tel que l’on l’entend.
Pour ce qui est de la note j’ai longtemps pensé à mettre 2, en accordant un point pour la beauté de certains plans et cadrage, Diaz sachant tout de même composer un plan. Cependant tout dans le film est tellement révoltant et insupportable pour accoucher d’un film affreusement chiant de 3 heures que je suis forcé de lui mettre la note minimale de 1. Des blockbusters sans âme on peut s’ennuyer ou s’endormir devant, des nanars ont peu en rire, là on veut juste quitter la salle au bout de quelques minutes. Le seul intérêt de regarder ce film serait peut-être de le montrer à des étudiants en cinéma pour justement illustrer ce qu’il ne faut pas faire. Voir des films excellents est un bon moyen d’instruire, mais apprendre de ses erreurs et beaucoup plus formateur et permet parfois de remettre en évidence que certains acquis ou évidences ne le sont malheureusement pas pour tous.
Je vous recommande de regarder à la place la série documentaire « L’Incroyable Périple de Magellan » sur Arte. La série permet de vraiment comprendre en détail cet odyssée assez mal connu, apporte un regard nuancé et critique bien plus pertinent que le film, et surtout il s’agit d’une série agréable et intéressante à visionner plutôt que la purge que nous a pondu Diaz.
Créée
le 12 août 2026
Critique lue 6 fois
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