Magellan
6.8
Magellan

Film de Lav Diaz (2025)

Un monolithe âpre, s'étalant sur près de 3h, sans aucune concession... Pas de doute, Lav Diaz est de retour en salles.

Le cinéaste philippin livre une nouvelle fois un objet de cinéma brut, sous la forme d'un faux-biopic qui s'inscrit aux antipodes des codes hollywoodiens traditionnels. Rarement une œuvre m'aura paru fuir aussi explicitement la recherche d'une quelconque forme de caractère divertissant, pour ne préserver qu'une substantifique moelle, purement théorique (et mal aimable).

Car Magellan est avant tout le récit d'un homme minable, qui n'aura cessé de combler l'ennui inhérent à son existence par des mésaventures destructrices. De sa relation avortée avec Beatriz Barbosa (qui débouchera sur deux enfants littéralement morts-nés) à ces odyssées désespérées en mer, les aspirations du navigateur sont très bien ré-employées par Diaz, allant jusqu'à disséquer le mécanisme de la colonisation tout entier. Une vie de quêtes vaines, insensées, démesurément cupides, qui viennent se fracasser contre la réalité du monde, et la fastidiosité de ces voyages disproportionnés. Que peut-il en résulter, si ce n'est une explosion de violence, et des conquêtes (territoriales et religieuses) menées par la force ?

Le réalisateur capture parfaitement ce quotidien neurasthénique, notamment lors d'un grand périple maritime qui se refuse toujours à l'épique, au profit d'une lente décrépitude s'abattant sur l'entièreté de l'équipage. Aucun plan d'horizon, aucune forme d'icônisation, seulement une bataille navale, de nuit, expédiée en 20 secondes chrono... Tout est las et morne, sous les ordres d'une telle bassesse morale.

Une humanité miséreuse, qui est brillamment mis en contraste avec la beauté étincelante du monde et de sa nature. Filmée au format 1.33 (format standard du cinéma muet), l'œuvre offre ces longs plans fixes caractéristiques du réalisateur, sublimés par une composition des cadres inouïe, et une photo prodigieuse signée Artur Tort. Ajoutez à cela un excellent travail de sound design, et vous obtiendrez un sentiment d'immersion assez saisissant.

Un objet passionnant car théoriquement très assumé... mais peut-être un peu trop à mes yeux. Difficile de se laisser emporter par un projet aussi froid et clinique, qui n'a finalement que peu réussi à me placer dans l'état d'hypnose auquel il aspire. Il ne faut pas s'y méprendre, Magellan est une expérience profondément exigeante, qui fascinera autant qu'elle repoussera.

Peut-être qu'un deuxième visionnage en connaissance de cause facilitera mon appréciation de l'ensemble...


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le 1 janv. 2026

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