Magma, c'est typiquement le genre de projet qu'on voudrait adorer. Un thriller à la française, intense et implacable, sur une équipe de vulcanologues confrontés à la menace d'une explosion imminente de La Soufrière ("vyé madanm la" en créole, littéralement « la vieille dame » en français), le volcan actif de l'île de la Guadeloupe. Les éruptions ont toujours eu un caractère éminemment cinématographiques. Le fait que La Soufrière soit un volcan explosif (qui pète et disperse cendres et gaz) et non effusif (les coulées de lave, comme à la Réunion par exemple), rajoute une dimension dramatique particulière intéressante. Ce sont les plus dangereux.
Et pourtant, on retiendra de ce Magma surtout ses défauts.
Tout d'abord son scénario, qui n'ose pas choisir de direction claire, qui reste coincé le cul entre deux chaises. Avec un tel titre, on pouvait s'attendre à un film catastrophe bouillonnant, un survival asphyxiant pour deux vulcanologues devant monter au plus prêt des fumerolles pour évaluer les risques et sauver potentiellement une partie des habitants de l'île. Un long métrage dans le genre "La Soufrière de Werner Herzog X En plein feu de Quentin Reynaud". Ou bien au contraire on pouvait s'attendre à un film politique fort et engagé : le combat de cette équipe de scientifiques pour faire prendre conscience au préfet et au gouvernement de la réalité de la menace et des dispositions proportionnées à prendre pour garantir la sécurité des locaux. Magma est finalement un peu des deux, moitié l'un moitié l'autre, mal traité dans un cas comme dans l'autre. Le film de Cyprien Vial s'en trouve aplati, sans saveur, sans moment marquant.
Le grand point fort du film est évidemment la présence en tête d'affiche de Marina Foïs, très juste dans sa position de directrice de l'Observatoire Volcanologique tiraillée entre les protocoles scientifiques imposant une large et durable évacuation de population, et son désir personnel de faire rentrer ces gens au plus vite chez eux afin d'éviter les mécontentements, désordres et pillages.
Elle est accompagnée à l'écran par le jeune Théo Christine, étoile montante du cinéma français, qu'on a pû voir notamment dans La Finale, Vermines, ou encore Suprêmes, où il incarnait le rappeur Joey Starr, rôle qui lui a valu d'être présélectionné parmi les Révélations aux César. Il incarne ici un jeune Guadeloupéen passionné par son métier. Malheureusement son jeu est cette fois-ci en dents de scie : malgré quelques moments de fulgurance, certaines scènes sonnent fausses, la faute sans doute à des dialogues parfois trop écrits. Le reste des seconds rôles (les policiers par exemple), souvent non-professionnels, ont un jeu très inégal... Le réalisateur Cyprien Vial s'en justifie en déclarant "Il m'est souvent arrivé de choisir pour des petits rôles des personnes vivant ou travaillant sur les décors que j'ai eu envie de filmer. C'est le cas du personnage de la mère d'Aimé, qui tient dans la vraie vie le restaurant de plage dans lequel son personnage travaille dans le film".
Enfin, un mot sur la photographie du chef-op Jacques Girault, qui m'a beaucoup gêné à plusieurs moments du film. Notamment sur des séquences en extérieur, où la colorimétrie change du tout au tout entre chaque plan, comme si l'étalonnage n'avait pas su armoniser des prises venues de caméras différentes.
Les films qui nous viennent des DOM TOM sont encore bien trop peu nombreux pour rejeter complètement ce Magma. Le second long métrage de Cyprien Vial (10 ans après Bébé tigre) compte tout de même quelques belles idées, les paysages font voyager.
Mais on est quand même un bon cran en dessous de Zion, l'excellent thriller Guadeloupéen sorti à 3 semaines d'écart, et qui est un film que je recommande chaudement.