Quand on suit plus ou moins assidûment les nouvelles sorties au ciné, on sait généralement à quoi s'attendre quand on de rend en salle obscure. Telle comédie va être "OK", tel thriller sympathique, tel film d'auteur intéressant. Heureusement, il arrive aussi d'être complètement surpris en découvrant un nouveau long métrage. Zion appartient clairement à cette catégorie des films que je n'avais pas vu venir, dont je n'attendais rien et qui me happent du début à la fin. C'est souvent les plus beaux coup de cœur.
Il n'est pas rare que les premiers longs métrages soient des extensions de courts métrages (on citera pour exemple Whiplash de Damien Chazelle, Madre de Sorogoyen, The Climb de Michael Angelo Covino). Zion, premier long métrage de Nelson Foix, est le développement du court métrage Timoun Aw ("Ton gamin" en créole), que j'avais beaucoup apprécié et que j'avais eu la chance de sélectionner au festival Paris Courts Devant 2020. L'histoire derrière la production de Zion est assez belle : comme souvent au cinéma, c'est une affaire de belles rencontres. Le réalisateur raconte : "j'ai eu la chance de pouvoir montrer Timoun Aw à Mohamed Hamidi qui l'a aimé et m'a fait rencontrer Jamel Debbouze. [...] C'est comme cela que Jamel Debbouze m'a proposé de produire mon premier long métrage et qu'une équipe s'est constituée autour de ce projet".
Nous suivons Chris, superbement incarné par ici par Sloan Descombes (déjà la tête d'affiche du court), un petit dealer de quartier, homme à femmes qui vivote et s'amuse en rodéos de moto. Malgré le risque, il accepte de réaliser pour un cador une livraison illégale et dangereuse. Tout était réglé, mais le jour de la mission, notre bonhomme découvre un bébé déposé devant sa porte... Démarre alors un thriller aussi implacable qu'émouvant. Immédiatement, on est pris d'empathie pour le pauvre bougre et on le regarde lentement s'enliser dans ses problèmes et mauvais choix.
Outre le jeu d'acteurs plus vrais que nature - la production a réalisé des castings sauvages et embauché des acteurs antillais non-professionnels, Sloan Descombes était par exemple initialement venu seulement accompagner sa copine qui passait le casting - les choix de mise en scène sont osés et authentiques. Ici, pas de Guadeloupe-carte-postale, mais des cités-guettos mal famées (le réalisateur a habité à Pointe-à-Pitre en face de barres HLM délavées) ; un argo-créole à couper au couteau ; et des scènes d'action sans fanfaronnade, mais qui débordent d'intensité dramaturgique.
Très inattendu pour les métropolitains que nous sommes, le film fait la part belle aux croyances mystiques, magiques et spirituelles des Antilles. Symbole de cette culture ésotérique, le film s'ouvre et se clôt sur un iguane, gentil monstre venu d'un autre temps.
Les films venus des Antilles restent bien trop rares dans le cinéma français. Que Zion rencontre un tel succès (plus de 470 000 entrées avec excellent un bouche-à-oreille), que ce soit dans les DOM TOM (197 000 entrées) ou en Métropole, n'est qu'amplement mérité !
Il s'agit d'un film coup de poing et coup de coeur, qui mérite qu'on s'y attarde.